Pourquoi laissons-nous mourir les migrants?

La semaine passée, la photo du petit Aylan Kurdi déferlait sur les réseaux sociaux. Un enfant syrien réfugié, échoué mort sur une plage de Turquie a donné une image au drame des réfugiés et des migrants. Fuyant les exactions de l’État Islamique, la dictature Érythréenne ou simplement la misère, ils se pressent par centaines de milliers aux frontières de l’Europe. Face aux restrictions d’entrée, ils sont prêts à recourir à des filières de passeurs peu scrupuleux, à des embarcations de fortune et à risquer le tout pour le tout dans des trains bondés ou même des tunnels. La mort du petit Aylan s’inscrit dans des évènements globaux, complexes et tragiques, mais si elle a tant marqué, c’est que nos politiques d’accueil (ou pas) n’y sont pas étrangères.

Le rôle de l’opinion

Il y a donc de l’indignation dirigée vers les gouvernements européens, qui les a d’ailleurs déjà poussés à préciser leur vision de l’accueil des migrants. Mais la frilosité et les restrictions à la migration ne sont pas un simple manque de cœur des autorités politiques. C’est aussi le reflet de l’attitude des populations. Recevoir humainement des gens qui ont tout perdu ne coûte pas rien. Si tout repose sur les pouvoirs publics, c’est le budget national qui est en cause, c’est donc en définitive «nos impôts» qui seraient mis à contribution. Il n’y a pas besoin d’être un as de la politique pour savoir combien il est impopulaire de toucher au taux d’imposition. À cela s’ajoute la crainte du chômage, de gens qui viendraient prendre «nos emplois», d’une perte d’identité face à l’immigration. Face au prix de l’accueil et aux craintes populaires, les politiques peuvent se dire qu’ils font tout ce qu’ils peuvent, que leurs pays ne peuvent pas accueillir davantage. On peut encore alléger sa conscience en soulignant l’absence d’accueil de la part de certains pays du Golfe ; après tout, d’autres pourraient et devraient le faire avant nous, non ? D’ailleurs, certains affirment déjà que « la barque est pleine » , il semblerait irresponsable d’en faire davantage.

Insuffisantes excuses

Face à une question de vie et de mort, nos petites excuse ne font pourtant pas le poids. On pense qu’on a fait ce qu’on a pu lorsque l’État a employé une partie de ses ressources pour trier1 et loger un nombre relativement modeste de réfugiés. En réalité, si nous prenions la chose à cœur cela pourrait aller bien plus loin. Jean-Baptiste, qui annonçait Jésus-Christ et préparait sa venue, ordonnait de se comporter ainsi :

Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même2.

Le message est clair, et sa logique imparable : tant que notre propre existence n’est pas en danger, nous n’avons pas «fait tout ce que nous pouvons». Un autre passage de la Bible nous dit encore que «Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché.3». Il n’y a pas besoin d’être «religieux» pour comprendre la validité de ce principe. Nous sommes responsables de nos inactions, même si quelqu’un d’autre aurait pu le faire.

Et il y a des choses que nous pouvons faire. Faire savoir à nos dirigeants que nous leur demandons d’accueillir en notre nom, plutôt que de nous «protéger» de ceux qui ont besoin de notre aide (par pétition en France et en Suisse). Il existe aussi de nombreuses associations que l’on peut soutenir par des dons, ou en proposant d’héberger des migrants (le Monde en propose une bonne liste). Il y a à faire, et il vaut la peine d’agir dans la mesure de ses moyens. .

Un reflet de notre cœur

Mais aussi, réfléchir concrètement à ces choses est un bon moyen de tester l’état de notre cœur. En théorie, nous sommes tous humains, accueillants et bienveillants, et nous ne crachons pas forcément sur une occasion d’accuser nos politiciens «insensibles». Quand il s’agit de passer à la pratique, nous nous rendons compte que notre temps, notre argent et notre confort nous sont précieux, et que la souffrance des autres nous concerne moins qu’on voudrait bien le croire. Nous nous rendons compte que nous n’aimons pas encore comme il faut aimer. Il nous faut un exemple ; plus que cela, il nous faut être transformés. La Bible propose cela, dans la vie et la mort de Jésus Christ et le don du Saint Esprit :

Cette espérance ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos cœurs par le Saint-Esprit qu’il nous a donné. En effet, quand nous étions encore incapables de nous en sortir, le Christ est mort pour les pécheurs au moment fixé par Dieu4.

Jésus disait à ses disciples :

Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime 5.

Jésus a donné sa vie non seulement pour ses amis, mais pour ceux qui étaient ses ennemis. De lui nous pouvons apprendre l’amour pour nos proches, pour ceux qui nous sont indifférents, pour ceux qui menacent nos intérêts. L’Esprit de Dieu vient habiter en ceux qui croient en Jésus-Christ pour redonner vie à nos cœurs de pierre6. En recevant son amour nous progressons dans la capacité d’aimer et de servir comme nous devrions le faire. Qui s’engagera à sa suite ?

  1. Oui, trier, puisque l’on distingue entre ceux qui fuient la guerre et que l’on veut bien accueillir, et ceux qui cherchent un avenir plus prospère et que l’on veut refouler.
  2. Évangile selon Luc, chapitre 3, verset 11.
  3. Lettre de Jacques, chapitre 4, verset 17.
  4. Lettre de Paul aux Romains, chapitre 5, versets 5 à 6.
  5. Évangile selon Jean, chapitre 15, versets 12 à 13.
  6. Voir Ézéchiel, chapitre 36, verset 26.
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