Les chrétiens me prennent-ils de haut ?

Il est fréquemment reproché aux chrétiens de se prendre la tête. De penser qu’ils sont de meilleures personnes, d’être hypocrites, de faire comme s’ils ne faisaient jamais rien de mal. Certainement que ces attitudes existent, et je ne vais pas essayer de les nier. Le but de cet article est plutôt de préciser le regard que la foi chrétienne devrait amener à porter sur les personnes qui ne sont pas chrétiennes. Bien sûr, cet idéal n’est pas toujours atteint dans le concret. Mais si ce qui dérange chez les chrétiens est précisément ce qui n’est pas en accord avec la foi chrétienne, c’est qu’ils ne sont pas assez chrétiens. Je ne suis pas intéressé à dire que les chrétiens sont bons et font tout bien, mais je veux montrer que la foi qui les habite est bonne, et comporte les antidotes aux mauvaises tendances que l’on peut observer.

Le cheminement que je me propose de suivre sera de considérer la situation de l’homme en général dans une perspective chrétienne, puis brièvement rappeler ce que signifie être chrétien et l’inverse, et finalement montrer ce que cela doit induire sur la manière pour un chrétien de regarder celui qui ne l’est pas.

Je ne dirais par contre pas grand-chose sur l’attitude que les non-chrétiens devraient adopter face aux chrétiens, parce que cela ne peut que dépendre des options particulières de chacun. Mais c’est une question intéressante que j’encourage chacun à étudier : qu’est-ce que vos conviction vous disent sur la manière de regarder ceux qui en ont de différentes ?

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Le paradoxe de l’homme

La Bible conduit à jeter sur l’humanité en général un regard contrasté. D’un côté, à l’origine Dieu a créé l’homme1 bon, il est appelé à gérer et développer la terre, dans une relation d’amour et d’obéissance envers Dieu2. Mais l’homme choisit de se révolter contre Dieu, il préfère décider lui-même de ce qui est bien ou mal3, et cela rompt la relation entre Dieu et l’homme. Dieu est la source de tout bien ; quand l’homme s’est séparé de Dieu, il a gâché tout ce qui était bon en lui.

Dès lors, l’homme est plein de rivalité, de désirs de puissance, d’orgueil, d’égoïsme, etc. Son sens moral est faussé, son identité est tordue et sa raison est troublée. De là viennent les malheurs de notre monde et la difficulté d’avoir des relations saines ici-bas.

L’entier de l’être humain est atteint par les effets de sa rébellion contre Dieu ; pourtant, tout n’est pas gâché absolument. La bonté que Dieu avait donné à l’origine subsiste encore en partie, et elle se manifeste chez chacun. Nous avons aussi des désirs qui se portent vers le bien, une intuition de ce que le monde devait être, et des mouvements de bonté. Dieu n’a pas abandonné l’humanité, et il continue aussi à alimenter la soif du bien en nous.

Dès lors, en chaque homme se joue une lutte entre les bonnes aspirations qui subsistent et les dégats de notre séparation avec Dieu. L’homme a à la fois un grande dignité, et une nature perverse. Dans les «Chroniques de Narnia», C. S. Lewis fait dire ceci au Lion Aslan (qui est une sort d’allégorie de Jésus-Christ) :

Tu viens du Seigneur Adam et de la Dame Ève, et cela est à la fois un honneur propre à relever la tête du plus pauvre mendiant, et une honte propre à faire ployer les épaules du plus grand empereur sur terre.

C.S. Lewis, les chroniques de Narnia

Voilà le paradoxe de l’humanité dans son état actuel : honoré par la bénédiction de Dieu à la création, déchu par ses mauvais choix.

Il faut aussi bien souligner que la bonté qui reste en l’homme n’est pas suffisante pour être agréable à Dieu. D’une part, le problème fondamental reste la séparation d’avec Dieu, qui doit être réglé. D’autre part, Dieu, lui, est absolument bon, et il ne peut tolérer le mal. Un vague équilibre entre bien et mal n’est pas acceptable à ses yeux. Nous pensons que des personnes sont bonnes parce qu’elles font de bonnes actions et pas trop de mauvaises, mais pour Dieu aucune mauvaise action n’est acceptable ou anodine. Il sait aussi le secret de chaque motivation, et il voit ce qui se passe derrière le masque que nous portons4.

Être chrétien

Être chrétien signifie avant tout reconnaître et accepter que Dieu a fait le nécessaire pour nous réconcilier avec lui et nous sortir de notre situation. En Jésus-Christ, Dieu est devenu homme, il a vécu une vie sans faute, il est mort pour nos fautes et ressuscité pour nous conduire dans une nouvelle vie. Être chrétien c’est accepter cela et accepter de changer de vie.

Une chose très importante à souligner à ce sujet, c’est que le salut donné par Dieu n’est pas une chose dont on pourrait se vanter. L’apôtre Paul, un des auteurs importants de la Bible, écrit en effet :

C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des œuvres, afin que nul n’en tire fierté5.

Le salut que les chrétiens reçoivent est considéré comme une grâce, un don que l’on n’a pas mérité. Le chrétien ne «fait» pas son salut, il le reçoit. Il se croit sauvé par Dieu, par une action de Dieu qu’il n’a ni mérité ni suscité. Il ne croit pas que la qualité de ses actions lui donne le droit de connaître Dieu ou d’être reconnu comme chrétien. Il sait que s’il devait être jugé sur la base de ses actions, il serait condamné comme n’importe qui d’autre.

Au contraire, deux éléments clés pour devenir chrétien sont la foi et la repentance. La foi est la confiance placée en Dieu, en ce qu’il a fait dans la personne de Jésus-Christ, en reconnaissant que notre salut vient de lui.

La repentance, quant à elle, consiste à reconnaître :

  • que l’on agit mal (ce que nous faisons n’est pas bon) ;
  • que l’on juge mal (nous ne savons pas discerner sans faute le bien du mal, ni chez nous, ni chez les autres, pas plus que nous ne connaissons les motivations profondes de quiconque) ;
  • que seul Dieu est pleinement bon (nul n’est parfait si ce n’est Dieu) ;
  • que seul Dieu juge justement (seul Dieu sait exactement en quoi chacun est coupable ou innocent) ;
  • que seul Dieu offre la solution au problème.

La repentance comporte aussi l’engagement de faire de Dieu le juge de ce qui est bien ou mal dans notre vie.

Mais sur cette terre, vivre selon ce que Dieu veut reste une lutte. L’habitude et la tendance à agir contre la volonté de Dieu et contre les autres reste bien ancrée. Si tout chrétien devrait être en progression, assurément tout chrétien est encore plein de failles et commet des erreurs et des mauvaises actions6. Dans cette lutte, le chrétien n’est cependant pas seul, il bénéficie de la présence de Dieu et d’une relation restaurée avec lui, et Dieu lui vient en aide pour progresser, sans faire violence à sa liberté – ce qui explique en partie la lenteur du progrès.

Outre cela, parmi ceux qui se définissent chrétiens, il peut se trouver des hypocrites, ou des gens qui vont tourner casaque par la suite, des gens qui semblent montrer un foi chrétienne et une repentance, mais n’en ont que l’apparence ou n’y persévéreront pas7.

Ajoutons encore que le chrétien n’est pas seulement le receveur passif d’une grâce, pas seulement un homme participant à changer sa propre vie avec l’aide de Dieu, mais aussi le porteur d’un message ; la réconciliation avec Dieu que le chrétien reçoit, il en devient aussi le porteur et le messager, participant à faire connaître la grâce de Dieu.

Ne pas être chrétien

Ne pas être chrétien peut se définir simplement par la négation de ce qui précède ; cela peut vouloir dire ne pas reconnaître qu’il y ait un bien ou un mal, ou bien se croire compétent pour décider seul de ce qui est bon ou mauvais8, ou se juger moins mauvais que les autres en pensant que les fautes des autres nous excuseraient, ou encore penser pouvoir faire ce qui est bien aux yeux de Dieu par soi-même, au point d’assurer sa propre justice9. Notez qu’en disant cela, je ne prétend pas dire plus que ce que la simple négation du christianisme implique. <h3>Quel regard en définitive ?</h3> Maintenant voyons ce que cela implique en terme de regard. Le non-chrétien n’est pas quelqu’un qui fait tout faux, alors que le chrétien ferait tout juste. La situation du monde présent est très nuancée, et la plupart des non-chrétiens ont une réelle recherche du bien. Il peut fort bien se trouver des non-chrétiens dont les actes sont ou semblent de meilleure qualité que ceux de bien des chrétiens. Cela ne devrait pas poser de problème à un chrétien, qui sait que ce qui le sauve, ce qui définit son statut, n’est justement pas la qualité de ses actes, mais la foi et la grâce de Dieu10.

De même, porter un jugement de condamnation sur l’incroyant est déplacé, puisque c’est se faire son juge, alors que justement le chrétien remet fondamentalement le jugement à Dieu.

D’autre part, le chrétien sait qu’il n’a rien mérité de tout ce dont il bénéficie. Il ne peut donc légitimement pas en tirer un sentiment de supériorité. Un chrétien qui penserait valoir mieux qu’un autre en vertu de sa foi n’a à mon sens pas encore tiré toutes les implications de sa foi. La Bible appelle d’ailleurs à «honorer tous les hommes11».

Comme dit plus haut, le chrétien a aussi un certain devoir d’annonce, parce que la grâce de Dieu est précieuse et s’adresse à tous. Le salut n’est pas son petit trésor personnel à conserver, il est une offre qui s’adresse à tous. C’est pourquoi la Bible enjoint les chrétiens à être toujours prêts à expliquer l’espérance qui l’habite, mais aussi à le faire avec douceur et respect12. Ainsi, il est des moments où ne pas tonitruer sa foi est respecter le fait qu’un interlocuteur ne souhaite pas en parler, ce qui est bien. Mais la tenir cachée quand il faudrait la montrer, c’est manquer de considération pour l’autre : c’est le considérer moins digne de la grâce de Dieu que soi-même, c’est se satisfaire de profiter des bénéfices de la foi en se dispensant de les offrir à d’autres. En cela, un chrétien qui vous parle de sa foi vous montre plus de respect que celui qui la tiendrait soigneusement cachée13.

D’après la Bible, le chrétien sait que son message peut susciter l’adhésion, mais aussi l’indifférence voir le rejet. C’est normal, compte tenu de la radicalité du message et de l’éloignement entre l’homme et Dieu. Un chrétien ne doit pas être surpris d’être mal vu à cause de sa foi. Le chrétien sait que s’il fait l’objet d’hostilité par le fait qu’il est chrétien, cela est normal. Mais le chrétien ne doit pas non plus susciter l’hostilité par de mauvais comportements – la Bible parle par exemple d’être voleur ou malfaiteur, ou de «se mêler des affaires des autres14». Le chrétien doit veiller à ne pas mettre par son comportement des obstacles supplémentaires entre l’autre et Dieu, et ne pas crier à la persécution lorsqu’il souffre à cause de ses propres bêtises.

Disons encore un mot : tout chrétien se doit d’être critique face à tout système de pensée, tout positionnement philosophique, tout mode de vie qui prétend se passer de Jésus-Christ. En retour, il est assez normal que le non-chrétien réagisse et s’oppose, et il est en droit voire en devoir de le faire tant qu’il croit que sa propre position est vraie, juste et bonne. En cela, on devrait avoir la possibilité de débattre et de confronter des idées sans se sentir offensé du fait que l’autre ne se range pas aux nôtres, quelles qu’elles soient.

Conclusion

Ainsi donc, un chrétien est quelqu’un qui vous veut fondamentalement du bien. Il a une vision contrastée et en partie pessimiste de la nature humaine, mais il l’applique à lui-même avant de la projeter sur les autres. En fait, s’il est chrétien c’est qu’il en a pris conscience pour lui-même de manière radicale. On ne peut pas devenir chrétien en pensant être assez bon pour se sauver tout seul15. Un chrétien devrait d’ailleurs être bien plus conscient de son péché que du vôtre, parce qu’il connaît le sien de l’intérieur, alors qu’il n’observe que votre comportement externe.

On ne peut pas nier qu’un chrétien pense que vous êtes sur une mauvaise route, une route extrêmement dangereuse. Et oui, un chrétien croit que devenir comme lui quant à la foi est la meilleure chose qui puisse vous arriver. Il a bien sûr des idées très particulières sur le monde, le bien, le mal, la vie, etc. Mais s’il a tort, quel danger offre-t-il ? Et s’il a raison, que lui reprocher, si ce n’est de ne pas être suffisamment cohérent avec ce qu’il croit ?

Jean-René Moret16, avril 2016

  1. Par là je veux dire que l’homme était au départ tel que Dieu l’avait voulu, sans prendre position ici sur la manière particulière dont il est apparu.
  2. Genèse 1.26-31 ; Genèse 2.15.
  3. Voir Genèse 3.
  4. Un exemple du volet négatif du regard biblique sur l’humanité se trouve en Romains 3.10-18
  5. Lettre de Paul aux Éphésiens, chapitre 2, versets 8 à 9.
  6. Voir Pourquoi les chrétiens ne sont ils pas meilleurs?.
  7. La question de l’hypocrisie est bien abordée par Simon Grunder dans Si Dieu est si bon, pourquoi les chrétiens sont-ils si mauvais?.
  8. Voir nos articles : Si Dieu n’existe pas, qui est en droit de décider de manière absolue de ce qui est bien ou mal ? et « Le bien et le mal sont déterminés par l’éducation, la société et les choix personnels. ».
  9. Je ne prétends pas tout savoir sur toute les religions du monde, mais à ma connaissance il n’en est aucune qui ne soit pas en opposition avec le christianisme sur au moins un des points mentionnés. Je suis bien sûr prêt à recevoir des correctifs au cas où je me trompe.
  10. Cela peut par contre interpeller le chrétien, et le pousser à vivre d’une manière plus cohérente avec sa situation.
  11. Première lettre de Pierre, chapitre 2, verset 17.
  12. 1 Pierre 3.15-16.
  13. Au sujet de l’attitude des chrétiens lorsqu’ils parlent leur foi, voir la conférence Le prosélytisme : Les chrétiens veulent-ils convertir tout le monde? ainsi que l’article Partager sa foi constitue-il un acte de prosélytisme ?.
  14. 1 Pierre 4.14-16.
  15. Il existe un «comic» en anglais sur ce point .
  16. Cet article a été adapté à partir de l’article Qu’est-ce que la foi chrétienne implique sur les rapports entre chrétiens et non-chrétiens ?, publié sur jrmoret.ch.
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