Science et foi sont-elles en conflit ?

Quel rapport entre la science et la foi ? La question ne date pas d’aujourd’hui. En effet, depuis l’affaire Galilée au début du 17ème siècle, la relation entre la science et la foi a été vue comme une relation conflictuelle, où chacune perdrait le terrain gagné par l’autre. Ainsi, il a été dit que la science n’a pas besoin de la foi pour être pratiquée et que le principe même de foi exclurait toute démarche scientifique ou fausserait la démarche scientifique. Or, est-ce vraiment le cas ?

Pas de science sans convictions

Tout d’abord, nous affirmons qu’il ne peut y avoir de science sans confiance dans les postulats qui sont au départ de la démarche scientifique. Pour découvrir quoi que ce soit en science, il faut que le scientifique croie que le monde a un ordre, qu’il y a des relations de cause à effet, principes sur lesquels reposent ses recherches. Il faut aussi qu’il adhère à la théorie qui forme le cadre de son travail. Ces convictions orientent le chercheur, en particulier dans la formulation de ses hypothèses. Donc une certaine foi ou vision du monde est indispensable. Comme Thomas Nagel l’a affirmé, il n’y a pas de « point de vue de nulle part »1.

La foi des pères fondateurs

Maintenant, d’où viennent ces convictions qui motivent la démarche scientifique? Qu’est-ce qui les rend possible? La vision biblique du monde est en harmonie avec ces convictions, et en constitue une des sources2. La science moderne a été créée et développée par des savants chrétiens, dont la philosophie naturelle avait toujours été en accord avec leur foi. Ce fut le cas de Kepler, Newton et même Galilée.

Selon Johann Kepler, astronome du 16ème siècle, l’objectif de toute science devait être d’admirer le Créateur de la nature à travers son œuvre. Kepler a explicitement évoqué sa foi dans le Créateur et le but de sa recherche au premier chapitre du Livre V des Harmonices mundi : « Enfin, daigne veiller dans tes bontés à ce que ces démonstrations servent à ta gloire et au salut des âmes au lieu d’y faire obstacle ». Les fondements de la science semblent alors supposer la foi dans le Créateur, celui qui est à l’origine de toutes choses.

Isaac Newton, quant à lui, s’est inspiré des trois lois de Kepler pour élaborer la théorie de la gravitation. Et comme son prédécesseur, il a aussi parlé de Dieu dans ses écrits. Il était « soucieux d’attribuer l’ordre qui règne dans le système du monde : soleil, planète et comètes, à l’action d’un Être tout-puissant et intelligent […] et dont la sagesse et la volonté rendent compte de la diversité qui règne universellement quant aux temps et aux lieux3 ». En effet, le monde tel que nous le voyons aurait pu ne pas être. Il est l’oeuvre d’un Dieu souverain qui a agi librement et intelligemment, et qui reste présent dans sa création. Ainsi, le scientifique ne peut pas déduire spéculativement les lois de la création, mais il doit l’explorer pour découvrir la manière dont Dieu a construit le monde.

La vision chrétienne du monde a donc joué un rôle significatif dans l’établissement de la science moderne par ces scientifiques. En effet, « leur foi en Dieu leur donnait l’assurance que l’univers physique pouvait être appréhendé dans toute sa complexité et son immensité. […] En tant que fait historique, la science moderne s’est développée à partir d’une compréhension de l’univers comme une création divine ordonnée, dotée d’une rationalité inhérente4. »

Erreurs de parcours

La religion chrétienne cependant a commis des erreurs. L’affaire Galilée en est un exemple notable. Au temps de Galilée le débat portait sur le système solaire ; il s’agissait, pour faire simple, de savoir si c’était le soleil ou la terre qui était au centre de l’orbite de l’autre. Galilée, suite à Copernic, a découvert des éléments attestant que c’était la terre qui tournait autour du soleil, et non l’inverse. Cette assertion fut contestée par l’église catholique romaine. Or Galilée ne suggérait pas que ses découvertes fussent contraires à ce qui est révélé dans la Bible, mais simplement que la science avait permis de réexaminer ce que disaient et ce que ne disaient pas les passages bibliques invoqués, que d’autres présupposés – hérités de Aristote et Ptolémée – empêchaient d’apercevoir.

Rechercher le Créateur

La foi chrétienne a apporté une contribution significative à la science moderne. Nous l’avons vu avec Galilée, Kepler et Newton qui, au nom de leur foi en Dieu, ont fait des découvertes qui ont bouleversé la compréhension moderne de la nature. Elle continue à fournir un cadre de pensée qui favorise la démarche scientifique. Le monde est ordonné d’un ordre pourtant contingent, mais que l’on peut découvrir bien qu’il demeure toujours au-delà de notre complète maîtrise. C’est là le témoignage d’un Créateur à la fois libre et raisonnable. Et si l’on voulait connaître les raisons qui ont poussé le Créateur à faire une telle oeuvre, pourquoi ne pas se plonger dans la Bible à la découverte de ce Dieu à l’origine de tout ce qui existe – nous compris ?

Classe 2016 du cours en e-learning Un regard chrétien sur la science5

  1. Nagel, T., The View from Nowhere. Oxford, Oxford University Press, 1986. Traduction française par S. Kronlund), Le point de vue de nulle part, Combas, Editions de l’Eclat, 1993.
  2. Lydia Jaeger, Pour une philosophie chrétienne des sciences, Cléon-d’Andran, Excelsis, 2000/2006², chap. 1.
  3.  Abele, J., le christianisme se désintéresse-t-il de la science ?, Paris, Arthème Fayard, 1960, p. 67.
  4. La science a-t-elle besoin de la foi ?, p. 5. Article original :  Roger Trigg, Does science needs religion?, he Faraday Institute for Science and Religion, traduit de l’anglais par Nora Richardson, avril 2007, consulté le 01/04/2016.
  5. Cours proposé par l’Institut Biblique de Nogent en lien avec les Groupes Bibliques Universitaires.
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2 Comments

  1. 1) Je ne vois pas bien comment “La vision biblique du monde se trouve à leur source. [de ces convictions]” ??
    2) “La science moderne a été créée et développée par des savants chrétiens” mais aussi par des athées. Alors ?
    3) Ce n’est pas l’héliocentrisme qui a été condamné en tant que tel.
    4) “Galilée, Kepler et Newton qui, au nom de leur foi en Dieu, ont fait des découvertes” Ces savants étaient croyants, mais ce n’est pas “au nom de leur foi en Dieu” qu’ils ont entamé leurs recherches. C’est le théologien qui, en raison de sa foi en Dieu cherche à comprendre ce que peut être Dieu. Fides quaerens intellectum.

  2. Cher M. Godron,
    Merci pour ce commentaire. Les point 1 et 3 ont conduit à un légère reformulation de l’article.
    Sur le point 2, disons simplement que le rôle important de scientifiques chrétiens dans la fondation de la science moderne permet de dissiper le malentendu selon lequel la foi est la science sont incompatibles. La participation éminente d’athées à l’entreprise scientifique ne change pas ce point.
    Sur le point 4, je pense qu’il s’agit d’une question de formulation. Des scientifiques chrétiens ont considéré que faire de la science pouvait participer à la gloire de Dieu, en faisant connaître l’ingéniosité mise par lui dans le fonctionnement du monde. Cela ne constitue pas une entreprise théologique en soi, mais fait de leur foi une des motivations de leur recherche.

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