Pourquoi le Dieu de Jésus-Christ enverrait-il quelqu’un en enfer?

Dans mon précédent article, j’ai parlé de la notion d’enfer en partant de l’idée d’un Dieu bon, qui aime le bien, la vérité et la justice, sans poser nécessairement qu’il s’agit du Dieu qui se révèle dans la Bible et en particulier dans la personne de Jésus-Christ. A présent, je vais aborder la question de l’enfer en parlant précisément du Dieu de la Bible. Dieu se révèle comme un Dieu qui fait grâce, un Dieu prêt à pardonner gratuitement1. Comment ce Dieu-là peut-il laisser place à l’enfer ?

Bon et juste

La première chose à souligner, c’est que le Dieu de la Bible est aussi un Dieu juste, un Dieu qui a de la haine pour le mal. Dieu a rendu possible un plein pardon par la foi en Jésus-Christ. Mais il ne l’a pas fait parce que le mal lui serait indifférent. Au contraire, le Dieu de la Bible est tellement bon qu’à ses yeux «Il n’y a pas d’homme juste, pas même un seul2». Son amour et son pardon s’accordent avec sa colère et sa justice, ils ne les remplacent pas. C’est pour cela que Dieu a pris sur lui-même la punition du mal en s’incarnant et en mourant sur la croix dans la personne de Jésus-Christ3. Dieu promet le pardon et la vie éternelle à ceux qui reconnaissent leurs fautes, s’en détournent, et croient en Jésus-Christ. Cela étant, pourquoi des gens iraient-ils encore en enfer ?

Notre participation

C’est que, d’un côté, Dieu a tout fait pour nous sauver, mais de l’autre, il nous demande notre participation. Le pardon de nos fautes demande que nous reconnaissions avoir besoin de pardon, et demande que nous choisissions de changer de comportement. Sans cela, le pardon de Dieu ne serait qu’un voile étendu sur nos mauvaises actions, qu’une excuse pour continuer à mal faire. Dieu nous appelle à nous convertir : à ne plus faire ce qui nous semble bon, mais ce qui est bon à ses yeux, et avec son aide. Si nous faisons ce pas, Dieu commencera en nous un travail de transformation qui s’achèvera dans l’éternité, de sorte que dans l’éternité auprès de Dieu il n’y aura plus de mal ni de douleur4.

Forcé de croire ?

À ce stade, il faut dissiper un malentendu courant. On pense parfois que la Bible menace les gens de l’enfer parce qu’ils n’ont pas cru en Dieu. C’est une erreur : si quelqu’un va en enfer, c’est à cause de ses fautes et de ses mauvaises actions. La foi est le moyen d’être sauvé de ce destin qui nous menace tous. Mais Dieu n’a pas inventé l’enfer pour nous forcer à croire5.

Une transformation forcée ?

Si maintenant Dieu voulait à tous prix un paradis d’où le mal aurait disparu et auquel tous les hommes accèderaient, que devrait-il faire ? Il ne lui resterait que la contrainte : transformer les hommes sans leur accord et contre leur gré. Mais quel genre d’homme cela ferait-il ? Serions-nous différents de robots dociles ? Comme l’exprime Lamennais6 :

L’enfer n’existe que parce que la censure est impossible à Dieu même : il a préféré, du moins, le régime de l’enfer au régime de la censure. Car, si l’enfer fait des damnés, il fait aussi des hommes et des saints, au lieu que la censure n’eût peuplé le monde que d’idiots immortels.

Dieu nous met en situation de faire des choix, et nous traite en fonction de nos choix, ce qui nous donne l’occasion d’être des personnes. Éliminer le mal par une transformation imposée, ce serait éliminer la possibilité du choix, éliminer la responsabilité, et faire de nous des «idiots immortels» ; à ce prix-là seulement, l’enfer pourrait être éliminé sans perpétuer le mal ni annihiler le méchant. Aussi terrible que soit la pensée de l’enfer, je ne crois pas pouvoir reprocher à Dieu de ne pas avoir pris cette option.

Toujours sur cette notion du choix, je m’étonne parfois de certains qui ne veulent rien avoir à faire avec Dieu aujourd’hui, mais jugeraient scandaleux d’être exclus du paradis. Une caractéristique essentielle du paradis est d’être une éternité dans la présence de Dieu. Pourquoi quelqu’un qui n’aime pas Dieu voudrait-il passer l’éternité avec lui ?

Tout doit disparaître ?

Comme je l’ai évoqué dans l’article précédent, il y a aussi l’alternative où Dieu éliminerait purement et simplement ceux qui refusent de croire en lui et de changer. Aujourd’hui, notre aversion à la souffrance nous fait préférer cela à l’idée d’un enfer. Mais je me pose vraiment la question : sachant que des hommes restent rebelles à Dieu, au bien et à la justice, qu’est-ce qui leur témoigne le plus de respect et d’amour ? Leur retirer l’existence, ou leur laisser l’existence qui découle de leurs choix et de ce qu’ils sont devenus ? Émotionnellement je préférerais la première option : que Dieu efface simplement certains, qu’ils cessent d’exister ; et s’il pouvait effacer jusqu’à leur souvenir„ empêcher qu’on se souvienne d’eux, je n’en serais que plus tranquille. Mais en matière de dignité, en matière de responsabilité, je crois que la deuxième se défend. Au final il n’est pas à nous de décider du sort d’une seule personne ; Dieu fait ce qui est juste quoi que nous en pensions. Mais par ces réflexions, j’aimerais montrer que la manière d’agir de Dieu, révélée dans la Bible, n’est pas du tout aussi absurde qu’on le pense au premier abord.

Que faire donc ?

J’ai parlé de l’enfer comme une réalité terrible, et une réalité évitable. J’ai voulu répondre à ceux qui pensent que l’enfer n’est pas possible avec le Dieu chrétien. Maintenant, toutes nos opinions ne changeront pas d’un iota ce que Dieu fera. Si la pensée de l’enfer nous fait peur pour nous-mêmes, Dieu a donné un moyen pour y échapper : reconnaître le mal que nous faisons, accepter son pardon et sa transformation en croyant en Jésus-Christ. Je vous invite à le faire, à l’instant où vous lisez si vous y êtes prêts. Si vous lisez ceci, vous n’êtes pas de ceux qui ignorent la solution ; la mettrez-vous en pratique ?

Et si vous avez fait ce pas, mais que c’est le sort d’autres personnes qui vous tourmente, il ne nous reste qu’une chose à faire : annoncer la possibilité du pardon en Jésus-Christ, et en témoigner de la manière la plus fidèle possible7.

Jean-René Moret, Janvier 2016

  1. Voir Comment pardonner l’impardonnable?.
  2. Lettre de Paul aux Romains, chapitre 3, verset 9..
  3. Voir Pourquoi Jésus est-il mort ? : mort pour nos fautes.
  4. Voir Pourquoi Jésus est-il mort ? Une identité transformée. Pour ceux qui trouvent que le résultat ne se voit pas suffisamment parmi ceux qui disent avoir fait ce pas, deux articles : Si Dieu est si bon, pourquoi les chrétiens sont-ils si mauvais? (sur les hypocrites), Pourquoi les chrétiens ne sont ils pas meilleurs? (sur le fait que des chrétiens sincères font encore du mal).
  5. Plus précisément, selon l’évangile selon Jean, chapitre trois, versets 16 à 21, lorsque Dieu vient dans le monde en tant que Jésus-Christ, c’est pour sauver le monde et non pour le condamner. Cependant, ceux qui ne croient pas en lui sont déjà condamnés. Lorsque Dieu se fait connaître, ceux qui le rejettent manifestent la méchanceté de leur cœur ; leur décision est un révélateur de leur condition plus que sa cause.
  6. Félicité Robert de Lamennais. Articles de l’Avenir, vol. 4, Vanlinthout et Vandenzande, 1831, p. 537.
  7. Dans ce sens, l’appel de Spurgeon est à prendre au sérieux : «Si des pécheurs doivent être damnés, qu’au moins ils doivent nous passer sur le corps pour aller en enfer. Et s’ils périssent, qu’ils périssent avec nos bras autour de leurs genoux, les implorant de rester. Si l’enfer doit être rempli, qu’il le soit en dépit de nos efforts, et que personne n’y aille sans avoir bénéficié de prières et d’avertissements.»

    Charles Haddon Spurgeon, sermon «The Wailing of Risca», 1860, ma traduction, d’après http://matthiasmedia.com/briefing/2013/10/wordwatch-the-teeth-of-our-exertions/.

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8 Comments

  1. Bonsoir, je lis ces quelques lignes :”…Dieu a de la haine pour le mal…..” . DIEU NE HAIT PAS CAR DIEU EST AMOUR” …La haine ne peut pas faire partie de lui et il est regrettable qu avec tout le temps que vous avez semble t il passé à lire sa parole cela vous ait échappé. Lorsqu’on a la charge et la responsabilité d’apporter aux autres des réponses, des enseignements on se doit d’être très prudent dans nos propos. Dieu donne à chacun d’entre nous le pouvoir et le capacité d’aimer. Effectivement il nous laisse libre de nos choix et chacun aura à en rendre compte. Ce n’est pas en installant la peur de l enfer dans le coeur des gens qu’on les emmène vers Dieu.

    • Bonjour,
      Merci pour votre réaction.Vous rappelez avec raison que Dieu est amour. Je crois effectivement que Dieu est amour en lui-même. Je crois aussi qu’il a manifesté son amour en mourrant sur une croix pour ceux qui croiraient en lui, alors qu’ils étaient encore ses ennemis (Lettre aux Romains, chapitre 5, versets 8 à 10).
      Par contre, si on y réfléchit, quand on aime, on réagit négativement à ce qui fait du mal à ceux qu’on aime. La Bible n’hésite pas à parler de haine de Dieu pour le mal. Un bel exemple dans le livre des proverbes, chapitres 6, versets 16-19 :

      Il y a six choses pour lesquelles l’Éternel a de la haine,
      Et même sept qu’il a en horreur :
      Les yeux hautains, la langue trompeuse,
      Les mains qui répandent le sang innocent,
      Le cœur qui médite des projets injustes,
      Les pieds qui se hâtent de courir au mal,
      Le faux témoin qui profère des mensonges,
      Et celui qui déchaîne des querelles entre frères.

      On peut même partir de là pour se poser un simple question : si on changeait ce texte pour dire que Dieu aime toute ces choses, pourrait-on encore dire que Dieu est bon?

      Certains diraient que la haine de Dieu va à des actions ou des pensées, mais qu’il n’aurait pour l’homme que de l’amour. Cela me semble juste jusqu’à un certain point; on peut aimer un enfant désobéissant même en réprouvant son mauvais comportement. Mais la Bible parle même de Dieu qui déteste celui qui aime la violence :
      “Le Seigneur sonde le juste et le méchant ; il déteste celui qui aime la violence”. (psaume 11, verset 5)
      Dans son amour, Dieu aime les hommes, mais dans le même amour il en veut à ceux qui font vivre le mal dans sa création (et nous en sommes tous). Dieu montre son amour en donnant un moyen de réconciliation, un moyen d’être pardonné de nos fautes, du mal que nous causons (Voir par exemple éphésiens 2.1-10). Mais ce n’est pas par indifférence envers le mal.
      J’espère que ceci aura clarifié mon propos.

  2. Tout d’abord, merci frère pour cette explication claire et basée sur LA PAROLE.
    Ce qui nous amène à des erreurs, c’est que nous nous basons parfois sur nos raisonnements et nos sentiments et non sur la parole de Dieu. Quand on dit “Dieu est Amour, il ne haît pas”, c’est parler selon le sentiment. Le frère a donné le verset qui dit clairement les choses que Dieu haît. Dieu ne hait pas les pécheurs, Il les a tant aimé qu’Il a donné son Fils unique , mais Dieu hait le péché.
    Il ne faut pas oublier que les gens vont chercher de plus en plus des prédications qui “plaisent” aux oreilles. Non, avant de dire “avec tout le temps que vous avez, vous n’avez pas lu toute la parole…” il vaut mieux s’examiner peut être et chercher dans LA PAROLE et très chère soeur Flora, tu aurais trouvé ces choses 🙂 Sois fortifiée et cherchons tous tous les jours le Seigneur

  3. Bonjour,
    rien que le titre me fait ciller : “Le Dieu de Jésus-Christ” ! Jésus EST Dieu! IL n’a pas de Dieu il est le seul est unique, il n’y a qu’un seul Dieu!

    En lisant l’article vous écrivez :”Aujourd’hui, notre aversion à la souffrance nous fait préférer cela”
    Ne gardez pas en tête l’idée que l’enfer sera un lieu où il y aura des flammes et où il y aura de petits diablotins qui nous piqueront les fesses avec des fourches! Lorsque Dieu règnera pour toujours sur le ciel et sur la terre, il n’y aura pas un enfer où le mal et la souffrance subiste; genre “des irréductibles Gaulois”! Il ne peut y avoir de mal!
    La souffrance de l’enfer n’est pas physique, mais spirituelle celle de savoir que Dieu existe, que la félicité d’être auprès de lui est véritable mais qu’elle n’es pas accessible car une fois le jugement dernier rendu il sera trop tard!
    Donc oui disons les choses capitales mais disons LA VERITE! Celle qui s’attache à Christ et à sa Parole!

    • Bien d’accord, Jésus-Christ est Dieu. Par “le Dieu de Jésus Christ”, je veux dire le Dieu qui s’est fait connnaître en s’incarnant en Jésus-Christ, pour qu’il soit clair qu’on ne parle pas d’un Dieu abstrait, philosophique ou d’une autre vision de Dieu.
      Notez cependant que Jésus lui-même peut parler de “son Dieu” :
      Jean 20.17 : “Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.”
      Je suis d’accord aussi avec la vision de l’enfer comme séparation d’avec Dieu qui crée une souffrance spirituelle. Je citais Henri Blocher dans ce sens dans le précédent article.

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  5. Pingback: S’il n’y a plus de mal au paradis, y sera-t-on encore libre ? – Foi en questions

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