Peut-on faire confiance aux traductions de la Bible ?

 

Je parcourais les différents rayons de la bibliothèque. Les auteurs se succédaient, leurs livres défilaient sous mes yeux. Pas moyen de trouver la biographie pour laquelle j’étais venu. Je m’apprêtais donc à quitter la pièce, dépité, lorsqu’une vieille étagère attira mon attention. Là, gisant dans la poussière du temps, patientaient une dizaine de gros volumes. Tous portaient le même nom : La Bible. Pourtant, sous ce titre, chacun d’eux m’indiquait aussi une traduction différente : Louis Segond, Colombe, Darby, français fondamental, français courant, …

Ce détail m’intrigua. Comment un livre sacré pouvait-il donc posséder autant de traductions ? Peut-on vraiment faire confiance à toutes ces traductions de la Bible ?

 

Brève Histoire de la traduction biblique

La Bible, à l’origine, fut principalement rédigée en hébreu ancien, bien qu’avec deux sections en araméen (dans l’Ancien Testament) et en grec koiné, langue alors parlée dans l’Empire romain du Ier siècle (Nouveau Testament). Très rapidement, elle fut l’objet de traductions : grec, latin, araméen,  syriaque, copte, arménien, arabe, …[1]

La première Bible entièrement traduite en français date de 1487. Elle fut l’œuvre  de Jean de Rély. Depuis, une centaine d’autres versions ont été réalisées, notamment du XIXe au XXIe siècle, certaines des plus célèbres étant les Bibles de Jérusalem, de la Colombe, Louis Segond ou encore du Semeur.

 

Quelques défis de la traduction 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une traduction n’est jamais facile à réaliser. En effet, qu’elle soit d’un roman contemporain ou d’un manuscrit millénaire, plusieurs éléments la compliquent : les mots, les temps ou encore les images.[2]

Premièrement, se pose la question du vocabulaire. Il est difficile, voire impossible, de traduire par un seul et même terme un mot étranger, d’autant plus s’il est issu d’une langue morte. Chaque langage, en effet, possède sa propre manière de partager l’ensemble de l’expérience humaine en mots. Autrement dit, il n’existe jamais de purs synonymes. A titre d’exemple, la « mer », en français, est une grande étendue d’eau salée qui recouvre une partie de la surface de la Terre (Mer Morte, Mer du Nord, Mer Noire). La « mer », dans un sens plus figuré, peut aussi représenter une vaste étendue (mer de nuage, mer de sang). Ce mot est souvent traduit en hébreu biblique par « Yam », terme qui désigne une étendue d’eau salée ou non, voire, plus bonnement, une étendue. « Yam » pourrait donc à la fois décrire une mer, un lac, un grand fleuve, une grande cuve, … Le cas contraire d’un mot français plus large qu’un mot hébreu est tout aussi vrai.

Deuxièmement, apparaît la question grammaticale. La traduction peut, en effet, être compliquée par le temps des verbes. En français, on classe les verbes en temps passé, présent et futur. Or, en hébreu, un autre système est utilisé, les verbes étant placés selon deux catégories : l’accompli (qui désigne une action accomplie dans le passé, dans le présent ou qui sera accomplie dans le futur) et l’inaccompli (qui désigne une action inaccomplie dans le passé, dans le présent et dans le futur). Ainsi, la traduction en français d’un verbe à l’accompli dépendra du contexte dans lequel il est utilisé.

Troisièmement, relevons la question de l’imaginaire et du contexte culturel. Les images diffèrent selon les langues et les cultures. Ainsi, un « roucoulement », son produit par la colombe, désigne en français le dialogue amoureux, alors qu’en hébreu, il signifie le gémissement et la plainte. Aussi, traduire en français « roucouler de douleur » n’aurait aucun sens.

Il existe encore de multiples autres difficultés dans la traduction que le sens des mots, le temps de verbes ou les images : la structure de la phrase, le rythme de la langue, …

Traduire un texte mot-à-mot n’aurait donc aucun sens pour nous. Il vaudrait mieux transcrire une phrase le plus fidèlement possible selon les mots, tout en s’adaptant au lecteur, qui ne connaît pas la culture et le langage originaux du texte, afin qu’il comprenne au mieux son sens original.

 

Deux genres de traductions dans la Bible

Il existe deux genres parmi les multiples traductions de la Bible : le genre littéral et le genre sémantique.[3][4]
Le premier consiste à toujours transcrire un seul et même mot de la langue originale en un seul et même mot français. En guise d’illustration, le mot hébreu « Yam », même hors du contexte d’une mer d’eau salée, sera toujours traduit par le mot français « mer ». Ainsi, le lecteur aura plus de fil à retordre dans sa compréhension du texte. Je note aussi une perte dans le sens rythmique et poétique que l’auteur hébreu pouvait mettre à sa composition. Le but du genre littéral est de permettre au lecteur de retrouver dans le mot français le mot hébreu[5].

Aux possibles dépends de la concordance des mots hébreux-français, la traduction sémantique préfère s’accorder le sens premier d’origine, voire son rythme s’il s’agit de poésie (psaumes, …). Sa vocation sera donc plutôt d’accorder une lecture plus compréhensible au lecteur.

 

Pouvons-nous donc nous fier aux traductions de la Bible ?

Il existe ainsi de nombreuses traductions, chacune d’elle s’inscrivant dans une gamme allant du plus littéral au moins littéral. Cependant, parce que c’est le but fondamental de toute traduction, le sens (ou, au moins, un des sens) désiré par l’auteur original demeure toujours. Par conséquent, tel ou tel terme traduit peut parfois sembler flou, mais jamais se contredire. Il peut, cependant, se compléter. Aussi, une traduction fidèle de la Bible, qu’elle soit littérale ou sémantique, retranscrira parfaitement son message fondamental.

En effet, toutes ces traductions visent un seul et même but fondamental, celui de révéler au monde le Salut que Dieu nous accorde. L’Histoire révélée de ce Salut, c’est cette Bible, que l’on divise en deux parties : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.

L’Ancien Testament porte sur les questions de la perte du Salut par l’homme et du plan de Dieu pour le lui accorder de nouveau. L’Homme s’est rebellé contre le Dieu Créateur en violant son commandement et s’est ainsi séparé de lui, se condamnant ainsi à la mort. Cependant, ce Dieu bafoué a tant d’amour pour l’Homme qu’il a prévu un plan pour le sauver. L’Ancien Testament et ses histoires, c’est la mise en place de ce plan.

Le Nouveau Testament est l’accomplissement final de ce plan. Conformément au plan et à la volonté de Dieu, Jésus-Christ, Homme et Dieu à la fois, innocent de tout rébellion contre Dieu (que l’on appelle péché), ayant accompli parfaitement la Loi de Dieu et celle des Hommes, est pourtant mort. Mais pourquoi ? Ce n’est pas possible ! C’est illogique ! C’est insensé ! Eh bien, non. Jésus-Christ est mort, pour que que tout être humain, coupable, puisse lui donner son péché et, ainsi, être acquitté. Jésus-Christ portera alors sa condamnation qu’est la mort. Aussi, puisque n’ayant plus à la subir, cet Homme retrouvera la condition première et la vie éternelle qu’il avait perdues.

Voilà le plan de Dieu. Voilà la Bonne Nouvelle (du terme grec evangélion, évangile). Toutes les traductions de la Bible, littérales ou sémantiques, transmettent ce message fondamental qu’est l’Évangile.

 

Conclusion :

Ainsi, nous devons rester attentif aux différentes traductions et ne pas hésiter à les comparer entre elles. En effet, les positions littérale ou sémantique offrent toutes deux un parti pris, puisqu’elles font un choix dans leur traduction, et une partialité, puisqu’elles privilégient une compréhension à une autre. Cependant, ces écarts de traduction révèlent souvent les différents sens (non contradictoires) du texte original. Aussi, puisqu’il est bien difficile de comprendre parfaitement les langues originales de la Bible (hébreu, araméen, grec), il est intéressant de croiser plusieurs traductions, certaines littérales, d’autres sémantiques. Cela permet une meilleure compréhension du texte d’origine.

Toutefois, nous pouvons accorder une grande confiance à la majorité des traductions bibliques. Bien qu’elles soient sujettes au parti pris et à la partialité, ces difficultés n’ont pu empêcher le message  divin d’être transmis fidèlement aux humains et l’enseignement fondamental de la Bible d’être apporté sans changement[6] : tout être humain, à la condition de céder à Jésus-Christ son péché et de le reconnaître comme étant son Sauveur et Seigneur, est acquitté et obtient la vie éternelle.

 

Christian Cruchet, novembre 2017

 

 

[1]Exemples connus :

  • la Septante (Grec, IInd siècle av. J.-C)
  • la Vetus Latina (ses traductions en latin, IInd siècle ap. J.-C)
  • la Vulgate (Latin, vers 390-405)
  • les Targoums (Araméen, traduction araméenne de l’Ancien Testament),

[2]Jean-Marc Babut, Lire la Bible en traduction, édition « Lire la Bible », 1997 (Chapitre I – « Traduire »)

[3]Jean-Marc Babut, Lire la Bible en traduction, édition « Lire la Bible », 1997 (Chapitre II – « Les versions en usage »)

[4]Jean-Marc Babut, Lire la Bible en traduction, édition « Lire la Bible », 1997 (Chapitre III – « Les limites d’une traduction »)

[5]Bien que certains le tentent, à l’instar d’André Chouraqi, une traduction parfaitement littérale est impossible à réaliser (comme présenté dans le point précédent : « Quelques défis de la traduction »).

[6]http://larevuereformee.net/articlerr/n272/nos-traductions-bibliques-sont-elles-fiables : « Conclusion »

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