Que faire de nos scandales

Les scandales sont aujourd’hui une partie intégrante voire quotidienne de la vie publique et politique. On ne compte plus les affaires, depuis le Watergate jusqu’à l’affaire Maudet, en passant par Brett Kavanaugh, l’affaire Cahuzac, et mille autres. Et personne n’est a priori à l’abri, des ecclésiastiques, y compris de ma propre famille spirituelle évangélique, se sont aussi trouvés pris au cœur d’un scandale. La réaction la plus courante dans ces cas est « nier, nier, nier ». Cette réaction est décevante sur le plan moral, et mène à miner la crédibilité des figures publiques.

Que faire de mieux ? Jésus et la Bible permettent de proposer les éléments suivants.

Ne pas le faire

Première chose évidente, ne pas commettre d’acte scandaleux. Mais Jésus pousse le principe loin, enseignant de couper même son propre pied s’il entraînait à mal agir. L’image invite à renoncer même à des choses qui semblent essentielle pour prévenir un comportement honteux. Ne vaut-il pas mieux, en effet, renoncer à quelques avantages, quelques désirs, quelques passions, que de perdre son intégrité et de voir, parfois, l’œuvre d’une vie anéantie par le scandale ?

Reconnaître

Jésus mettait aussi en garde contre l’hypocrisie, avertissant que tout secret finit par être connu, et que ce que l’on a murmuré à l’oreille sera crié sur les toits. Autrement dit, « étouffer l’affaire » est sans espoir. Au pire, il y aura un jour de jugement à la fin des temps où tout sera révélé, mais l’expérience même montre que les faits finissent par être dévoilés bien avant cela. De nombreux siècle avant Jésus, le livre des Proverbes, autre partie de la Bible, enseignait déjà : « Celui qui cache ses transgressions ne réussira pas, mais on aura compassion de celui qui les reconnaît et les abandonne » (Proverbes 28.13). La dissimulation est vouée à l’échec, et nous sommes souvent plus excédés encore par les tentatives de se couvrir que par la faute initiale. Par contre, il peut y avoir miséricorde pour celui qui avoue ses fautes. Ne sommes-nous pas tous humains ? Ne risquons-nous pas tous de mal agir ?

Changer d’attitude

Reconnaître ses fautes et les abandonner, c’est l’essentiel de ce que les chrétiens appellent la repentance. C’est voir que telle manière d’agir est mauvaise, et renoncer aux attitudes qui y mènent. Jean-Baptiste, le prophète qui annonçait et préparait la venue de Jésus, enjoignait de produire du fruit digne de la repentance. Une apparence de contrition publique sans changement de comportement n’est que du vent. Par contre, Jésus enseignait qu’il y a de la joie dans le ciel – auprès de Dieu – pour un seul pécheur qui se repent. Une vraie repentance implique un changement du cœur de la personne, et il vaut la peine de s’en réjouir.

Réparer

Un vrai changement d’attitude implique aussi de chercher à réparer le tort commis. Jésus disait de régler ses affaires avec son adversaire avant d’arriver chez le juge, autrement dit de ne pas attendre d’être en procès et d’être forcé par l’autorité judiciaire de régler ses torts. De chercher au contraire à donner une juste réparation à qui de droit. Le tort causé n’est pas toujours pécuniaire, et il n’est pas toujours possible de réparer un tort affectif, une atteinte à la réputation ou à l’intégrité sexuelle. Mais avoir cherché sincèrement à réparer le mieux possible le tort commis est juste vis-à-vis des victimes, et montrera le sérieux de la repentance – à l’inverse de tentatives d’acheter leur silence pour continuer impunément sans reconnaître de tort.

Chercher le pardon

Le coupable aura encore besoin de chercher le pardon. Il doit d’une part le demander à ses victimes. Il n’est pas en position d’exiger le pardon, mais ne peut qu’espérer la clémence de ceux qui ont des raisons légitimes de lui en vouloir. Et attention, pardonner ne veut pas dire accorder à nouveau une confiance complète, confier la caisse au comptable indélicat ou des enfants au pédophile repenti. D’autre part, nous avons tous besoin du pardon de Dieu. Dieu a le mal en horreur, et même les fautes que nous jugeons insignifiantes lui sont scandaleuse. Mais le message chrétien est aussi que Dieu veut pardonner. En Jésus, Dieu est entre autres venu mourir comme un criminel scandaleux, en prenant sur lui la honte et le châtiment qui s’attachent à nos mauvaises actions. Il s’est donné lui-même comme la réparation que nous ne pourrions jamais fournir. Par là, le pardon de Dieu est assuré à ceux qui se repentent et mettent leur foi en lui. Ce pardon ne dispense pas d’affronter les conséquences de nos actes, mais la paix avec Dieu est possible, quoi que l’on ait fait et quoi que l’on ait perdu par nos fautes et nos folies. C’est là un espoir et un réconfort pour les coupables, bien qu’ils fassent l’objet du légitime jugement des hommes.

Au lecteur de se demander si ces éléments de pensée chrétienne forment un bon cadre pour gérer de potentiels scandales, s’il en est qui peuvent encore être prévenus, si le temps est venu de reconnaître des torts, de s’en détourner, de chercher à réparer et de demander pardon.

Jean-René Moret, pasteur à l’Église Évangélique de Cologny, octobre 2019

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