Dieu est-il injuste pour avoir envoyé Jésus mourir à la croix ?

La Croix est la pièce maîtresse du salut offert aux humains dans l’Évangile. Selon l’enseignement de la Bible, la croix est la réponse de Dieu au problème du péché. La Bible présente la Croix comme un don à la fois libre et nécessaire. Un don libre d’abord, car Dieu n’était pas dans l’obligation de nous sauver. Il a décidé de le faire par amour pour nous, comme l’exprime deux des plus célèbres versets de la Bible :

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie éternelle » (Jean 3.16).

« Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5.8)

Mais en plus d’être libre, dans la mesure où Dieu a décidé librement de sauver l’humanité,  le sacrifice de Jésus devenait alors absolument nécessaire et indispensable au salut des hommes car lui seul pouvait, par son sacrifice, ôter les péchés :

« C’est lui que Dieu a offert comme une victime destinée à expier les péchés, pour ceux qui croient en son sacrifice » (Romains 3.25).

Il a donc fallu que Jésus-Christ obéisse parfaitement aux exigences de la loi en ne commettant aucun péché, et qu’il subisse le châtiment que nous méritions, tout cela à notre place, pour que nous soyons sauvés. Par son obéissance active pendant sa vie sur terre et passive lors de son sacrifice, le Christ a accompli l’expiation qui nous donne le salut. C’est à la Croix, en donnant sa vie pour nous que le Christ accomplit pleinement notre salut, comme Jésus lui-même le dit en rendant son dernier souffle : « Tout est accompli » (Jean 19.30).

“Christ est mort pour les pécheurs” : un principe injuste ?

Mais plusieurs s’achoppent à ce message. Ils pensent au contraire, que le sacrifice expiatoire de la croix constitue un objection importante à la foi chrétienne. Pourquoi un Dieu tout-puissant ne peut-il pas pardonner par pure grâce ? Pourquoi a-t-il besoin pour cela de sacrifier son Fils unique ? N’est-ce pas sanguinaire d’exiger un tel sacrifice ? Comment un autre peut-il expier à la place du fautif ?

Certains diront donc que c’est immoral et injuste de faire payer un innocent pour un coupable ! Est coupable celui qui a commis un délit, pas l’innocent qui paierait pour lui. Comment un Dieu juste accepterait-il de condamner un innocent ? N’est-ce pas un déni de justice ? D’autant que les textes bibliques eux-mêmes soulignent l’importance de la responsabilité individuelle : « On ne fera pas mourir les pères à la place des enfants, ni les enfants à la place des pères. On fera mourir chacun pour son péché » (Deutéronome 24.16). Une justice qui condamnerait un innocent serait-elle encore juste ?

Réponse

La justice humaine qui condamne le coupable est conforme à l’enseignement biblique selon lequel le mal doit être puni. Mais cette justice humaine est à distinguer de la justice qui nous justifie en Jésus-Christ, car celle-ci va bien plus loin en intégrant la grâce et le pardon. Mais Jésus étant divin (cf. notre article Jésus est-il Dieu ?), le sacrifice expiatoire de la Croix n’est pas injuste dans la mesure où celui qui juge n’est autre que la victime. Si un juge condamne un innocent en lieu et place du coupable, c’est profondément injuste, mais si après avoir prononcé la sentence (ici la mort), le juge se l’applique à lui-même, c’est autre chose. C’est bien ce qui s’est passé à la Croix où celui qui juge s’applique à lui-même le verdict en se sacrifiant. La justice divine qui s’exprime à la Croix va bien au-delà de la justice des hommes. Elle ne se contente pas de condamner le mal et de rétablir l’ordre. Elle restaure le pécheur en le réconciliant avec son Créateur. C’est la grâce qui s’exprime dans un acte de justice.

La notion de culpabilité est aussi à considérer avec attention afin d’éviter toute confusion. Ce n’est pas le péché en tant que tel qui est transféré à la Croix mais ses conséquences, à savoir notre culpabilité. En portant nos péchés à la Croix, le Christ en assume les conséquences et non pas la faute qui reste nôtre. Quand nous confessons nos péchés pour en être pardonnés, ces péchés restent bien les nôtres et non pas ceux du Christ. D’ailleurs nulle part la Bible ne nous dit que Jésus se serait repenti de nos péchés devant le Père. Ces péchés restent les nôtres mais le poids de culpabilité lié à nos fautes est enlevé. Nous sommes accueillis dans la maison du Père malgré nos péchés car en Christ Dieu nous fait grâce. Pour nous cette grâce reste imméritée, la faute restant bien la nôtre et non celle du Christ.

Enfin même cette notion de substitution n’est pas totalement étrangère à la justice humaine bien que plus atténuée, il est vrai. Ainsi, quand une personne est condamnée à une amende qu’il ne peut pas payer, quelqu’un d’autre pourra la payer à sa place. On peut aussi penser au représentant légal d’un mineur qui devra payer l’amende pour l’enfant dont il a la charge. Dans des situations extrêmes, la substitution revêt une dimension de sacrifice héroïque. C’est le cas quand un pompier meurt pour arracher une personne aux flammes ou quand un soldat tombe au combat pour sauver la vie de ses compagnons. Quand en 2018, l’officier de gendarmerie Arnaud Bletrame a volontairement livré sa vie entre les mains d’un terroriste, il s’est substitué à une parfaite inconnue. Par son geste héroïque, n’a-t-il pas sacrifié sa vie pour en sauver une autre ?

Le sacrifice expiatoire de la Croix est non seulement fondé et sensé mais il est le seul à pouvoir nous réconcilier avec Dieu. Accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament, il est l’expression ultime de l’amour de Dieu pour les hommes. Sa valeur est pleinement suffisante pour expier les péchés du monde entier. Encore faut-il croire, car la foi est l’unique moyen pour recevoir le salut.

 

 

 

 

Micaël Razzano, Février 2020,

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