Bertrand Russell

Pourquoi Dieu se cache-t-il?

-« Qu’est-ce vous répondriez à Dieu si vous le rencontriez après votre mort? »

-« Pourquoi t’es tu si bien caché? », répondait Richard Dawkins, biologiste britannique et athée militant, lors d’une interview avec Ben Stein. Il citait approximativement Bertrand Russell proche de la fin de sa vie, lorsque quelqu’un l’interrogeait sur ce qu’il dirait s’il avait un rendez-vous inattendu avec Dieu1.Dawkins trouve plus plausible d’attribuer l’intelligence qu’on semble remarquer partout dans l’univers à des extraterrestres qui seraient venus planter la première cellule sur la terre qu’à un Dieu qui joue au cache-cache avec l’humanité2. Dieu, donc, se cache. Mais derrière quoi? Derrière les galaxies ?

Mais si Dieu existe, doit-on dire qu’il se cache ? « Oui », affirment les athées, « en plus, Dieu se cache vraiment bien » confirment les agnostiques3, mais « Non, il se cache vraiment mal ! » s’écrient les croyants. Blaise Pascal essaie de les réconcilier: «Mais il est vrai tout ensemble qu’il se cache à ceux qui le tentent, et qu’il se découvre à ceux qui le cherchent4 ».

Le cache-cache originel

Blaise Pascal

Blaise Pascal

Curieusement, ce n’est pas Dieu qui aurait commencé à jouer à cache-cache dans l’histoire de la pensée humaine, mais plutôt Adam et Eve. « L’homme et sa femme se cachèrent loin de l’Eternel Dieu au milieu des arbres du jardin », quand Dieu a inversé la question de Dawkins, en s’adressant à nous : « Où es-tu ? ». Reste à savoir qui se cache dans toute cette affaire, Dieu ou l’humanité ? Je partage le point de vue de Richard Dawkins que l’agnosticisme est un point de vue transitoire5. S’il ne l’est plus, ce n’est plus de l’agnosticisme, mais soit de l’athéisme caché soit du théisme caché. Là de nouveau, l’humain a fait preuve de ses compétences au jeu de cache-cache. Nous devons tous, y compris les agnostiques parmi nous, trancher la question de l’existence de Dieu. Mais comment ? Les philosophes, depuis Kant, ont déclaré que l’existence de Dieu était un match nul entre croyants et non-croyants. Les preuves ontologiques et cosmologiques formulées par divers penseurs comme Aristote ou Tomas d’Aquin, ne mènent pas à un verdict définitif sur l’existence ou la non-existence de Dieu. La philosophie préfère la voie de diplomatie et relègue cette question au second plan, pour ne pas dire qu’elle la met sous le tapis.

La révélation

Dans la vision judéo-chrétienne, Dieu ne se serait pas caché au cours de l’histoire, comme le pensent Russell et Dawkins, mais il se serait révélé. La révélation est le moyen par lequel Dieu a fait découvrir à l’humain ce qui était caché ou secret. Selon le dictionnaire, une révélation serait un « phénomène par lequel des vérités cachées (🙂) sont révélées aux hommes d’une manière surnaturelle6. »

Alors même si Dieu était caché auparavant, il a levé le voile sur notre ou sa cachette puisque après tout les choses sont révélées. En théologie, on parle de révélation générale et de révélation spéciale. La révélation générale est celle qui est accessible à tous les hommes en tous lieux et en tout temps, tandis que la révélation spéciale, plus précise, s’est produite en des moments précis de l’histoire. Si la création, le cœur et la conscience de l’être humain font partie du premier type, la Bible et finalement Christ Jésus représente le deuxième type de révélation. Jésus-Christ, « le mystère caché de tout temps et à toutes les générations, mais révélé maintenant à ses saints7 », est l’ultime dévoilement du secret de Dieu. En Jésus-Christ Dieu aurait mis une fois pour toute un terme au jeu cache-cache entre lui et l’humanité. Cela mériterait un autre article8, mais pour le moment voyons ce qui est accessible à tout homme dans la révélation générale.

La pensée de l’Éternité

Le roi Salomon affirme que Dieu « a même mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, même si l’homme ne peut pas comprendre l’œuvre que Dieu accomplit du début à la fin.9 »La quête de l’éternité et la recherche de l’infini ont une riche histoire dans de nombreux domaines de la pensée humaine. La philosophie, la mathématique, la physique et la littérature témoignent de cette aspiration humaine à l’infini. Leibniz, résume cette passion de l’être humain en disant « que l’idée de l’infini même est une preuve de Dieu.10 » L’enfant en nous cherche à comprendre ce qui demeure éternellement dans la vie et presque tous les courants de philosophie de l’Antiquité étaient convaincus que l’être humain était fait pour l’éternité. Le père de Salomon, le roi David, est certain que la nature toute entière déborde de connaissance de Dieu: « Le ciel raconte la gloire de Dieu et l’étendue révèle l’œuvre de ses mains. Le jour en instruit un autre jour, la nuit en donne connaissance à une autre nuit11. » La création semble être une enseignante érudite également selon Paul qui écrit dans sa grande lettre aux chrétiens à Rome: « En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde, elles se comprennent par ce qu’il a fait12. »

La loi dans nos cœur

Mais la révélation de Dieu à tout l’humanité ne s’arrête pas là. Non seulement connaitrions nous le Créateur à travers sa création, mais aussi connaîtrions nous le grand Législateur à travers sa loi morale qui est imprégnée dans notre conscience: « Ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, car leur conscience en rend témoignage et leurs pensées les accusent ou les défendent tout à tour.13» Selon les auteurs bibliques, tout être humain naît avec une conscience innée, qui sera raffinée et entraînée par la suite. L’éducation des parents et la culture contribueraient à raffiner cette boussole morale pour mieux naviguer à travers la vie. De cette loi naturelle découlerait forcément des valeurs éthiques universelles. Ceux d’entre nous qui n’en sont pas convaincu sont obligés et contraints d’adhérer à un relativisme moral en éthique, qui n’est pas tenable à long terme14.

Et nous?

Étonnamment, l’existence de Dieu ne relève donc pas d’une croyance privée, d’une expérience subjective, d’une sensibilité psychologique ou alors d’un goût personnel. Comme Paul, Leibniz partageait la conviction d’une connaissance innée de Dieu quand il disait « que l’idée de Dieu, on ne l’apprend pas, on la reconnaît. » Paul ose dire que toute l’humanité connaît Dieu et nous invite pour cela à sortir de notre cachette et à adorer Dieu ; c’est-à-dire à le reconnaître et apprécier pour ce qu’il a fait et ce qu’il est. Le rendez-vous avec le Créateur que Russell voulait esquiver par sa question nous attend aussi. Allons-nous recycler la réponse de Russell?

Simon Grunder


En audio sur ce sujet, voir Dieu, si tu existes, prouve-le !.

Et en vidéo : Si tu existes, prouve-le !

Image de couverture : Bertrand Russell (by By Bassano Ltd, domaine public, source : Wikimedia Commons)

  1. La citation originale était ‘Sir, why did you not give me better evidence?’” (Monsieur, pourquoi ne pas m’avoir donné de meilleures indications ?), d’après “Bertrand Russell and God: A Memoir”, Leo Rosten, The Saturday Review, February 23, 1974, pp. 25-26, http://www.unz.org/Pub/SaturdayRev-1974feb23-00025.
  2. http://www.youtube.com/watch?v=12rgtN0pCMQ: extrait du documentaire de Ben Stein Expelled: No intelligence allowed
  3. Agnosticisme : ne pas savoir, littéralement le non-savoir – il se peut que tous ne soient pas en accord avec cette définition.
  4. PASCAL, Blaise: Les pensées, Paris : Editions Gallimard, 2004, p. 270
  5. Dawkins développe ce point de vue dans son livre Pour en finir avec Dieu, Robert Laffont, 2009.
  6. Première définition du dictionnaire Pons.
  7. Colossiens 1. 26.
  8. En fait, l’article Si Dieu existe, pourquoi ne se montre-t-il pas? aborde un peu plus cet aspect.
  9. Ecclésiastes 3.11.
  10. Introduction de la Théodicée de Leibniz – il n’utilise bien entendu pas infini au sens strictement mathématique du terme.
  11. Psaume 19.1.
  12. Romains 1 : 20
  13. Romains 2 : 15.
  14. Voir à ce sujet notre autre article : Si Dieu n’existe pas, qui est en droit de décider de manière absolue de ce qui est bien ou mal ?
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