Pourquoi Dieu mettrait-il des limites à ma sexualité ?

La réponse la plus simple et la plus générale est que les limites donnent du sens et de l’importance aux choses. Au foot, il faut envoyer le ballon à l’intérieur des buts – un espace étroit délimité par deux poteaux et protégé par un gardien – pas à l’extérieur. C’est plus difficile, plus frustrant quand on essaie, mais c’est plus fun et plus satisfaisant quand on réussit. Changez les règles, vous changerez de sport. Quand à ceux qui les enfreignent systématiquement, qui truquent des matchs ou se dopent, ils ruinent la beauté du sport.

La force de la sexualité

Regardons plus précisément la sexualité. Elle est le lieu par excellence où des êtres humains peuvent être unis, pas seulement dans leur ressenti ou dans leur intelligence, mais aussi dans leurs corps. Le désir est très puissant, l’échange sensuel monte jusqu’à l’ivresse. La Bible dit quelque part que « l’amour est fort comme la mort »1, et il est dur de nier la puissance de l’attirance sexuelle. D’ailleurs, les publicitaires l’ont bien compris, voyez comment ils jouent sur la séduction pour susciter de l’intérêt pour n’importe quel produit.

"Book Of Love" par Jonathan Thorne Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:BookOfLove.jpg Sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

« Book Of Love » par Jonathan Thorne
Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:BookOfLove.jpg Sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Dans la Bible, la sexualité fait partie de ce que Dieu acréé, c’est donc en soi une très bonne chose. Voyons deux extraits de la Gènese :

 « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » 2 »
« Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair. 3« 

On voit là plusieurs composantes de la sexualité : elle est faite de complémentarité entre deux être différents, elle participe à l’union du couple, et elle ouvre sur la fécondité, la transmission de la vie.

Par le plaisir partagé, le lien entre l’homme et la femme est renforcé, et soude leur union. L’amour au sein du couple est également un cadre particulièrement favorable pour la croissance des enfants qui naissent de cet amour. Au sein d’un couple stable et engagé, la sexualité renforce la relation, lui donne du goût et participe à sa valeur.

Canaliser la force

Cependant, la puissance de la sexualité pour souder peut aussi détruire. Là où il y a puissance, il faut de la maîtrise. Le courant qui fait fonctionner votre ordinateur pourrait également vous tuer. Une voiture vous mène où vous voulez aller, mais il suffit d’une mauvaise manœuvre pour qu’elle mette fin à vos jours.

Un exemple extrême de mauvais emploi de la sexualité est le viol ; la promesse d’un plaisir conduit à mépriser totalement la liberté et la dignité de la personne convoitée. Il n’est pas nécessaire d’aller si loin pour voir les dangers de la sexualité mal employée. Typiquement, dans les cas d’infidélité, la sexualité vécue hors du couple créée des attachements qui le perturbent. Le sexe n’est plus l’élément particulier qu’on partage avec la personne élue seule, il devient une force chaotique qui tire de plusieurs côtés4. Même lorsqu’on est fidèle à son partenaire du moment, une sexualité débridée dans le passé rend moins unique ce qui est vécu dans le présent. La personne avec qui on veut faire sa vie est mesurée par comparaison avec les expériences passées, et cette concurrence peut être dure à gérer. Mettre des limites à la sexualité n’est donc pas arbitraire, c’est pour protéger sa fonction et la garder dans un cadre épanouissant qu’on ne doit pas nécessairement suivre tout ses désirs. L’idéal chrétien traditionnel est de vivre la sexualité dans un engagement à vie avec une personne unique5. Cet idéal n’est pas nécessairement facile à vivre, et pour certains la vie fait qu’il est déjà inatteignable. Mais quelle que soit notre situation présente, nous avons besoins de nous demander comment vivre la sexualité de façon à ce que sa puissance bâtisse et ne détruise pas.

Si Dieu donne des limites à la sexualité, ce n’est pas parce que le sexe serait mauvais, mais c’est pour qu’il puisse servir à des buts spécifiques. Une dernière analogie : si vous ramassez un caillou quelconque au bord du chemin, vous pouvez le jeter dans le lac, le casser sur un autre, le faire rouler dans la boue, vous avez une grande liberté. Si l’on vous offre un diamant, vous avez pratiquement la même liberté, mais vous allez agir très différemment : vous allez le mettre dans des endroits sûrs, vous assurer de ne pas le perdre, et ne rien faire qui pourrait le détruire. Parce qu’il a de la valeur, vous garderez votre comportement à son égard à l’intérieur de certaines limites. De même, c’est parce que la sexualité à de la valeur que Dieu y met des limites pour qu’elle ne soit pas gâchée.

Disons-le tout de suite, je n’ai pas exposé dans ce court article tout ce que la foi chrétienne a à dire sur le sujet de la sexualité, et donc le but n’est pas de convaincre du bien fondé de tout cela. J’espère simplement avoir montré que le fait de mettre des limites n’a rien d’absurde en soi. Pour en savoir plus, il vous faudra vous renseigner ! (par exemple dans les articles listés en pied de page)

© Jean-René Moret, Septembre 2014


Pour aller plus loin sur ce thème :

  1. Cantique des Cantiques, Ch. 8, v. 6.
  2. Genèse 1.27-28.
  3. Genèse 2.24.
  4. Pour ceux qui apprécient un langage imagé et un peu désuet, le livre des proverbes, dans la Bible, exprime ainsi l’intérêt de la fidélité :

    Bois l’eau de ta propre citerne et celle qui sourd au milieu de ton puits. Tes sources s’épancheraient-elles au-dehors ou tes ruisseaux dans les rues ? Qu’elles soient pour toi seul et pas pour des étrangers avec toi. Que ta fontaine soit bénie et jouis de la femme de ta jeunesse, biche amoureuse et gracieuse gazelle. Que ses seins te comblent en tout temps. Enivre-toi toujours de son amour. Pourquoi t’enivrerais-tu, mon fils, d’une dévergondée et embrasserais-tu le sein d’une étrangère ?

    Proverbes 5.15-20

  5. Je ne veux pas dire que cet idéal serait le monopole des chrétiens. De fait, au vu des citations précédente de la Genèse, je pense qu’il est donné à toute l’humanité. L’institution du mariage a des formes différentes selon les cultures, mais pratiquement toute les cultures donnent un certain cadre pour stabiliser l’union de l’homme et de la femme et faire le lien avec la filiation.
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6 Comments

  1. Article intéressant. Faute de frappe sur l’histoire du diamant : vous allez agir et non « air » 🙂 . Sinon c’est cool que le site question suivante bouge depuis quelques temps

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