Je souffre donc je crois

« Si Dieu existe pourquoi le mal ? » C’est l’objection préférée des sceptiques. Mais voilà que dans le monde, au cœur d’un déluge de souffrances, nous voyons des peuples qui font souvent référence à… Jésus ! Prenons l’exemple des haïtiens ou des malgaches. Pour ces gens qui vivent dans les pays les plus pauvres du monde et qui expérimentent régulièrement des drames, le réflexe premier n’est pas de maudire Dieu ou de voir dans leur calvaire la preuve de son inexistence. Au contraire, leur souffrance suscite… la prière ! 

Alors ? Que devient cette fameuse objection ? Quand tous les malheurs du monde passent au JT il est très facile de les utiliser comme argument philosophique tout en se resservant une assiette de frites. Mais quand les acteurs mêmes de la catastrophe, ceux pour qui le Mal n’est pas qu’un concept abstrait, contre-disent avec force le rôle qu’on veut leur faire jouer, que faire ? Si vous voulez rester sceptiques, vous avez plusieurs possibilités :

  • Vous pouvez vous réfugier dans une interprétation culturelle pleine de condescendance : « les haïtiens/malgaches sont très religieux alors c’est normal ! » Cela sous-entend en fait que ces pauvres gens n’ont pas encore atteint le niveau intellectuel et culturel de l’occident. Ils sont encore enfermés dans des schémas archaïques qui prouvent qu’ils sont encore loin d’avoir atteints notre degrés de civilisation. C’est pour cela qu’il faut les aider, les éduquer, n’est-ce pas ? Quand on en vient à dire cela d’un autre peuple, l’écart entre le snobisme culturel et le racisme n’est plus très grand : « vous comprenez, c’est normal que les haïtiens/malgaches soient très croyants… ils sont noirs, vous comprenez… ce sont des indigènes, vous comprenez… bien sûr il faut respecter leurs coutumes ancestrales… un peu comme il faut respecter l’environnement des animaux sauvages… ce sont des sauvages, vous comprenez ? »
  • Vous pouvez aussi opter pour l’argument bien connu de la béquille (qui accompagne souvent le précédent argument de la condescendance culturelle) : « ils sont tellement accablés qu’il faut bien qu’ils se rattachent à quelque chose ! » Cet argument pourrait en effet être valable… s’il n’était pas énoncé par des personnes qui argumentent par ailleurs que l’existence du Mal prouve l’inexistence de Dieu ! En effet, les deux arguments semblent complètement contradictoires. Suivez le raisonnement et remarquez le problème : Le Mal prouve que Dieu n’existe pas, ce qui implique que toute personne faisant face au malheur cesse automatiquement de croire en Dieu. Or ce n’est pas le cas et c’est même souvent le contraire… donc ceux qui expérimentent le Mal, trouvent en Dieu une béquille, un réconfort. Mais cela revient donc à dire que le Mal favorise très fréquemment la croyance en Dieu… ce qui démontre que l’argument « l’existence du Mal prouve que Dieu n’existe pas » est faux ! Mais ceux qui utilisent ces 2 arguments contradictoires pour décrire une même réalité ont 2 bottes secrètes. La première, c’est celle de leur supériorité intellectuelle et culturelle que nous avons vu plus haut : « Ce n’est pas parce que le Mal favorise la croyance en Dieu qu’il prouve son existence. » autrement dit : « nous savons tout simplement mieux réfléchir que ceux qui croient en Dieu ! » La seconde botte secrète, c’est le recul nécessaire à la bonne compréhension d’un phénomène. Autrement dit : « on est plus habilité à deviser à propos du Mal quand on est confortablement assis dans un fauteuil occidental que quand on affronte la guerre, la maladie ou la pauvreté dans le tiers-monde. » Mais cet argument pose un nouveau problème car si, quand on est en plein souffrance, on a peine à raisonner correctement, il est tout aussi difficile de parler du Mal quand on ne le vit pas soi-même ! Là encore, on a un argument qui, tel un boomerang, vient frapper celui qui l’énonce ! L’argument de la béquille est très problématique car il oppose la pratique philosophique et la « vraie vie ». Autrement dit, discuter de la validité des croyances de quelqu’un qui souffre alors que je vais bien est aussi facile et « courageux » que de dénoncer une dictature à 5000 km du pays en question. On ne va pas débattre de cette question ici mais on peut tout de même conclure que l’argument de la béquille est loin d’être concluant ! Mais c’est en fait le point suivant qui le terrasse complètement.
  • Vous pouvez vous posez une question très pertinente : « comment se fait-il que ces malheureux continuent d’adorer un Dieu qui leur a infligé une telle désolation ? » Le christianisme (catholique ou protestant) est la religion dominante en Haïti ou à Madagascar. Or, le Dieu qui s’est révélé en Jésus est décrit comme un Père qui sauve et prend soin de ses enfants. Comment les haïtiens/malgaches supportent-ils la contradiction entre ce qu’ils lisent dans la Bible et la réalité ? La réponse est en fait très simple ! Ils ont depuis longtemps compris ce que beaucoup d’intellectuels occidentaux n’ont pas compris (sûrement à cause de leur inculture religieuse) : dans la Bible, Dieu n’a absolument jamais promis à ceux qui croient en Lui, ses enfants, qu’ils vivraient une vie facile, exemptes de tout malheur. Jésus, le Fils de Dieu, va même plus loin en promettant le malheur à ses disciples ! Le bonheur dans la Bible, ce n’est pas avoir une existence sans encombres mais vivre la totalité des événements, bons ou mauvais, AVEC Dieu. Dans cette perspective, même la mort n’est plus un réel malheur : on est bien sûr triste de perdre l’être aimé mais on est heureux parce qu’on sait qu’il est à la place la plus enviable du monde, auprès du Seigneur Jésus. Bien sûr, cela n’encourage pas au masochisme (rechercher à avoir mal) ou au fatalisme (ne pas combattre le Mal) mais ça redéfinit ce qu’est le bonheur. Être heureux, c’est être en communion avec Dieu quoi qu’il arrive, mieux le connaître, mieux se connaître, compter sur Lui. Cette position est très différente de celle de la béquille car elle ne tente pas d’expliquer le malheur, ni de l’éviter ou de le prévenir (par des rîtes superstitieux par exemple). Des chrétiens haïtiens qui viennent de subir un tremblement de terre dévastateur peuvent donc de manière très cohérentes à la fois 1) louer Dieu parce qu’il sont en vie, 2) pleurer leurs morts et le désastre matériel qui les frappe, 3) se réjouir de savoir que leurs morts chrétiens sont maintenant auprès de Jésus et 4) prier pour que Dieu intervienne pour leur avenir et celui de leur pays. D’ailleurs, nombre d’églises et organisations chrétiennes du monde entier se sont mobilisés très efficacement pour reconstruire le pays !

Pour terminer cet article, il faut faire une dernière remarque à propos des grandes certitudes qui poussent les occidentaux à prendre une posture condescendante à l’égard des deux autres tiers de la planète. Nombre de ressortissants de pays en voie de développement sont choqués quand ils arrivent en France. En effet, ils ont remarqué l’extrême pauvreté qui sévit ici : pas de chaleur humaine, pas d’entraide, tristesse généralisée, non respect et abandon des vieux (ils ne les appellent pas « personnes âgées » mais, eux, ils s’en occupent !) et pas du tout de spiritualité. Oh, bien sûr, le confort matériel est là et il finit souvent par les faire rester… mais ils portent eux aussi un regard condescendant sur des occidentaux qui vivent « confortablement mal » ! Peut-être qu’il est là le véritable problème : Notre confort matériel et les nombreux divertissements qui sont à notre disposition forment une sorte de bain anesthésiant qui détournent notre attention de la vraie vie avec ses vrais bonheurs et ses vrais malheurs. Nous sommes ainsi tentés de confondre ce qui est bon et ce qui est mauvais, d’avoir le jugement totalement biaisé par l’ivresse provenant de notre opulence. Dans ce cas, ce ne seraient ces « pauvres haïtiens/malgaches » qui n’auraient rien compris à propos de la vie… mais les occidentaux trop occupés à satisfaire leurs besoins futiles.

La Bible parle d’un être malfaisant qui est le prince de ce monde, le roi du passe-passe, le grand arnaqueur, le père du mensonge et qui a pour but de détourner l’attention d’un maximum de personnes pour qu’elles ne puissent jamais avoir envie de se tourner vers Jésus, le Fils de Dieu. La Bible l’appelle Satan (l’ennemi) ou le diable (calomniateur) et, d’après Baudelaire, « sa plus grande force est de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas ». Et dans le sujet qui nous occupe, j’ai bien l’impression qu’il embrouille très bien les esprits tout en leur faisant croire qu’ils ont trouvé l’argumentation imparable ! Mais l’argument n’est pas plus imparable que les chrétiens des gens stupides et naïfs ! 

Alors, si vous faites partie des sceptiques, ne vous contentez pas de raisonnements simplistes. Si vous lisez les évangiles, si vous parcourez les autres articles de ce site, je suis sûr que vous verrez le christianisme d’un autre œil.

Yohann Tourne, 2023

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One Comment

  1. Cher Yohann, 
je retrouve bien là votre condescendance envers les athées, les agnostiques et toute personne qui s’interroge sur l’idée d’un Dieu bienveillant qui permet tant de souffrances.

    
« Comment les Haïtiens/malgaches supportent-ils la contradiction entre ce qu’ils lisent dans la Bible et la réalité ? La réponse est en fait très simple ! Ils ont depuis longtemps compris ce que beaucoup d’intellectuels occidentaux n’ont pas compris (sûrement à cause de leur inculture religieuse) : dans la Bible, Dieu n’a absolument jamais promis à ceux qui croient en Lui, ses enfants, qu’ils vivraient une vie facile, exemptes de tout malheur. »



    La prolifération et le succès des pasteurs promettant la prospérité dans les pays «pauvres » dément votre point. Vous opposez bien naïvement les fidèles haïtiens/malgaches qui auraient une foi pure, dénuée de toute espérance matérielle versus les occidentaux qui ne connaîtraient pas la souffrance, car ils sont « trop occupés à satisfaire leurs besoins futiles. » Vous êtes dans la caricature.



    Dans votre article, vous mettez en garde les athées/agnostiques d’avoir des raisonnements simplistes. Alors que vous imputez Ieur incroyance à Satan. Mon dieu l’ironie…



    En revanche, je trouve la question que pose votre article intéressante : pourquoi les pays les plus pauvres sont les plus religieux et les plus riches souvent les moins religieux

    Plusieurs pistes de réponses : 


    – les pays riches sont plus susceptibles d’avoir un meilleur système éducatif. Les habitants de ses pays sont donc plus enclins à remettre en question les croyances surnaturelles et par conséquent, moins disposés à s’engager dans une religion.

    – Les humains recherchent Dieu principalement pour leur bien-être et leur sécurité. Une fois qu’ils ont atteint ces choses, leur besoin dans le divin diminue. De là le peu d’intérêt des occidentaux pour la religion.

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