Faire société

Qu’est-ce qui fait de nous une société ? C’est la question fondamentale qui se pose face à la (multi)polarisation croissante du monde occidentale. 

Les wokistes/cancelers et les traditionalistes/virilistes/colonialistes se maudissent copieusement les uns les autres, les jeunes éco-anxieux et leurs grands-parents boomers pollueurs vivent sur 2 planètes différentes et ne parlons pas des cartésiens/raisonnables qui méprisent des antivax à la pensée positive qui le leur rendent bien ou des anti-russes s’invectivant avec des anti-américains !

Chacun se réfugie avec sa communauté de gens qui pensent comme lui pour amasser des arguments, du ressentiment, des biais de confirmation et, pourquoi pas, un plan pour prendre le dessus sur les autres, les vilains-méchants qui n’ont rien compris et qui sont bien sûr manipulés ; crédules, stupides qu’ils sont ! Oui car tout le monde s’estime clairvoyant et oppressé par des forces obscures à combattre. Même les puissants pensent qu’ils sont victimes et donc qu’ils ont besoin d’encore plus de pouvoir ! Et de la même manière, ceux qui combattent les mécanismes de domination échafaudent des plans ingénieux pour… réduire au silence et donc dominer ceux qui commettaient le crime de dominer. Mais eux ont le droit ! Car dominer les dominants c’est au fond libérer des dominés… qui ne le savent pas encore puisqu’ils continuent de voter pour leurs dominants ! C’est dire s’il y a du boulot… ajoutez à cela que votre ennemi si crétin sur un sujet peut en même temps être votre ami plein de discernement sur un autre.

Société de sourds-bavards

Dialoguer, débattre aujourd’hui ? C’est quasiment mission impossible tellement chacun, enfermé dans ses saintes convictions, est prompt à mitrailler ses arguments décisifs dont la source est incontestable, tout en étant incapable d’écouter (et encore moins de comprendre) la position de son contradicteur. 

Comment faire société dans ces conditions ? Les liens humains les plus élémentaires ne sont-ils pas en train de se désagréger dangereusement ? D’autant plus que l’individualisme exacerbé des occidentaux leur donne la possibilité de vivre en quasi vase-clos, à distance respectable de toute relation sociale non désirée. Il y a quelques décennies, vous pouviez avoir les convictions les plus arrêtées qui soient, vous étiez obligés de côtoyer régulièrement des membres de votre famille nombreuse qui ne pensaient pas comme vous. Vous viviez aussi au cœur d’une communauté villageoise/de quartier avec une diversité d’opinions encore plus forte. Le tissu social fait d’interactions et d’interdépendances au sein de ces espaces était tellement dense que personne ne pouvait se payer le luxe de se fâcher avec la moitié de ses relations. Aujourd’hui, avec l’individualisme et les relations virtuelles on croit pouvoir choisir de ne côtoyer que les « bonnes personnes ». 

La méthode pour faire société serait d’avoir un lien en commun qui donnerait des convictions, perspectives et objectifs partagés par tous. Un chef fort et/ou une idéologie puissante ont assuré cela depuis des millénaires mais, justement, avec l’avènement du multipartisme et des libertés individuelles, c’est ce qu’il manque maintenant aux occidentaux. La diversité qui pouvait s’avérer féconde grâce au débat démocratique s’est muée en division et, pire, en polarisation. 

Zoom sur une micro-société ancienne

En fait, il existe une solution pour faire société malgré les multiples différences entre les gens. Elle est connue, ancienne, testée et approuvée… même si souvent dévoyée. Cette solution, c’est de constituer une communauté qui s’appelle l’Église autour d’un chef qui s’appelle Jésus. 

Voici comment l’apôtre Paul décrit les premières Églises : 

1 Corinthiens 12.12 Le corps humain forme un tout, et pourtant il a beaucoup d’organes. Et tous ces organes, dans leur multiplicité, ne constituent qu’un seul corps. Il en va de même pour ceux qui sont unis au Christ. 13 En effet, nous avons tous été baptisés par un seul et même Esprit pour former un seul corps, que nous soyons Juifs ou non-Juifs, esclaves ou hommes libres. C’est de ce seul et même Esprit que nous avons tous reçu à boire.

14 Un corps n’est pas composé d’un membre ou d’un organe unique, mais de plusieurs. 15 Si le pied disait : « Puisque je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps », n’en ferait-il pas partie pour autant ? 16 Et si l’oreille se mettait à dire : « Puisque je ne suis pas un oeil, je ne fais pas partie du corps », cesserait-elle d’en faire partie pour autant ? 17 Si tout le corps était un oeil, comment ce corps entendrait-il ? Et si tout le corps se réduisait à une oreille, où serait l’odorat ?

18 Dieu a disposé chaque organe dans le corps, chacun avec sa particularité, comme il l’a trouvé bon. 19 Car s’il n’y avait en tout et pour tout qu’un seul organe, serait-ce un corps ?

20 En fait, les organes sont nombreux, mais ils forment ensemble un seul corps. 21 C’est pourquoi l’oeil ne saurait dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête aux pieds : « Je peux très bien me passer de vous. »

(…)

26 Un membre souffre-t-il ? Tous les autres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur ? Tous les autres partagent sa joie. 27 Or vous, vous constituez ensemble un corps qui appartient au Christ, et chacun de vous en particulier en est un membre.

Paul parle ici à des gens qui sont réunis en Église, ce qui implique des cultures différentes, des âges et des caractères différents, des niveaux sociaux, intellectuels différents. L’Église de Corinthe (comme toutes les autres) est une pétaudière, une usine à faire émerger les problèmes ! Devant les inévitables désaccords/frictions/conflits, la tentation est évidemment de mal réagir. 

Alors l’apôtre leur rappelle qu’ils forment ensemble une communauté : leur principal (et parfois seul) dénominateur commun, c’est leur volonté d’adorer Jésus, de lui appartenir. C’est pourquoi Paul emploie la métaphore du corps dont Jésus est la tête avec comme membres les chrétiens qui ont mis leur foi en lui. Cette image est redoutable d’efficacité car elle parle d’une diversité d’organes qui forment un seul corps humain. Autrement dit, il y a unité sans uniformité et surtout tout le monde est utile.

Tentations

Comme ils se comparaient les uns aux autres et que certains membres avaient des capacités très enviables, prestigieuses, plusieurs chrétiens se sentaient inutiles. Mais Paul bat en brèche un tel penchant avec deux arguments : 1) appartenir ou non au corps, cela ne dépend pas du membre. Si Dieu a décidé que tel membre fait partie du corps, c’est comme cela. 2) la diversité des membres est une véritable richesse, un festival de couleurs, de sons, de saveurs ! Quel ennui, quelle fadeur si tout le monde se ressemblait dans l’Église ! 

La seconde tentation chez les Corinthiens était le complexe de supériorité. Tout comme on ne peut pas s’estimer en dehors du corps, on ne peut pas décréter que d’autres membres n’en font pas partie. À noter que Paul ne nie pas que certains chrétiens soient plus déterminants que d’autres. Ce qu’il conteste, c’est l’orgueil qui pousse à se croire tellement indispensable qu’on pense pouvoir être auto-suffisant. Cela pousse à mépriser les autres, à les regarder avec condescendance, à leur parler avec un air supérieur. Dans un corps, même les membres les plus essentiels ont besoin des autres. 

Paul présente alors une autre réalité. D’abord, il leur rappelle que la solidarité est obligatoire : le réseau de nerfs est fait de telle façon que vous avez beau détester votre gros orteil (c’est un exemple), vous n’allez pas l’écraser à coup de masse car cela vous ferait un mal de chien ! A contrario, si vous bénéficiez d’un massage des cervicales, votre corps tout entier se détend. Si tous les membres sont inexorablement solidaires, peu importe qui est « honorable », « utile », « beau » : on prend soin de tout le corps parce que, si l’on faisait autrement, cela équivaudrait à ne pas prendre soin de soi-même ! 

Famille très enrichie

En tant que protestant évangélique, je peux témoigner qu’aujourd’hui en France, des milliers de communautés vivent cette mixité extrême, cette expérience de grande famille dans laquelle chacun peut avoir 5 paires de parents, 3 paires de grands-parents, 25 frères et soeurs, 30 enfants de toutes les couleurs, de tous les milieux et avec toutes les opinions. C’est parfois difficile, chaotique mais cela fonctionne car ces Églises vivent par et pour Jésus. Si jamais vous passez devant l’une d’elle, n’hésitez pas à entrer : il y aura toujours quelqu’un pour discuter avec vous, même si vous n’êtes pas croyant ! Nous, on parle à tout le monde et on aime même ceux qui ne pensent pas comme nous car nous avons pour Maître quelqu’un qui n’avait pas peur des débats et des différences.

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