La liberté d’expression ne suffit pas !

L’effervescence après l’attaque contre Charlie Hebdo commence à retomber. La liberté d’expression a été mise à l’honneur, et les journalistes massacrés en sont devenu les héros, voire les martyrs. On a réaffirmé avec force la liberté d’expression comme un principe non négociable, face aux menaces des islamistes radicaux et aux plaintes respectueuses de très nombreux musulmans.

Par contre, la liberté d’expression ne forme pas un abri pour ceux qui «font l’apologie du terrorisme», qui montrent de la sympathie ou de la compréhension pour les terroristes. Les condamnations pleuvent, et sans clémence. A-t-on là une liberté d’expression à deux vitesses?

Au milieu de cela, certains essaient timidement de se demander si Charlie Hebdo a bien fait d’adopter la ligne et le ton qui fut (et restera sans doute encore) le leur. Ceux-là sont fréquemment renvoyés à la liberté d’expression. Tout cela mérite un peu de réflexion ! Je souhaite souligner dans cet article que la liberté d’expression est une bonne chose, mais qu’il ne suffit pas d’en poser le principe pour définir le comportement de l’État ou le «bien» des comportement individuels.

Liberté et responsabilité

La liberté d'expression selon la déclaration des droits de l'homme.

La liberté d’expression selon la déclaration des droits de l’homme.

Un grand principe est que toute liberté est assortie d’une responsabilité. La liberté d’expression fait que l’État ne va généralement pas employer la force publique pour empêcher qu’on exprime une opinion divergente. Dans nos sociétés basées sur l’État de droit, il n’y a pas d’autre autorité qui puisse légitimement user de contrainte pour limiter cette liberté. Mais la liberté d’expression ne signifie pas que tout ce qu’on peut dire a la même valeur. On peut employer la liberté pour dire des paroles de paix ou de combat, des insultes ou des encouragements, des bêtises ou de la sagesse. En dehors de certains cas prévus par la loi, l’État ne fait pas le tri entre tout cela. Chacun est responsible de ce qu’il dit, de décider ce qui vaut la peine d’être dit. La liberté d’expression et d’opinion permet aussi de dire ce que l’on pense des opinions exprimées par les autres. Elle permet un débat public ; dans une optique optimiste, on pense que ce débat permettra de s’approcher du vrai et du bon1.

Dans ce sens, ceux qui disent que Charlie Hebdo a eu tort de publier des caricatures offensantes ne sont pas en train de limiter la liberté d’expression, mais en train d’appliquer la leur, et d’attendre de l’hebdomadaire la responsabilité qui s’attache à la liberté : choisir ce que l’on dit avec respect, bienveillance et honnêteté2. Et faire cela ne revient pas à légitimer les attentats à leur encontre. Il faut encore distinguer le fait de dire qu’ils ont mal agi, qui est une opinion possible, et le fait de dire qu’on aurait dû les en empêcher, ce qui est vraiment contre leur liberté d’expression.

Un principe neutre et suprême ?

La liberté d’expression et d’opinion pourrait passer pour un principe neutre, indépendant de tout système de valeurs, qu’il faudrait appliquer par-dessus tout et partout. Mais ce n’est pas le cas. En arrêtant des gens pour apologie du terrorisme, le gouvernement montre qu’il place la paix publique et la protection de la vie des gens au-dessus de la liberté d’expression. En laissant Charlie Hebdo publier des caricatures insultantes pour l’Islam, Mahomet, et pour bien d’autres personnes, le gouvernement montre que l’honneur dû aux personnes visées et le respect de Dieu sont moins importants que la liberté d’expression. Il se trouve que pour les sympathisants d’Al-Qaïda et de l’État Islamique, le respect dû à Allah et à son prophète a plus de valeur que la vie humaine ; que ceux qui blasphèment ne sont plus des innocents dignes de protection. La laïcité française et l’islamisme radical sont deux systèmes de valeurs bien différents, mais ce sont des systèmes de valeurs. Il n’y a nulle part de liberté d’expression «toute nue», sans référence à des valeurs ; si elle existait elle demanderait de laisser dire l’appel au meurtre, la haine, le blasphème et l’exaltation de la pédophilie sans distinction. Toutes les libertés peuvent être limitées et doivent l’être au nom de droits plus fondamentaux et d’autres libertés. La vraie question c’est la définition de ces droits et libertés, et comment fixer les priorités en cas de conflit. Répondre à cette question, c’est prendre position, ce n’est pas être neutre.

Et on ne peut pas, on ne doit pas être neutre. Le but de la liberté d’expression est de permettre à des idées de circuler. Le but de la liberté d’opinion est que chacun ait la possibilité de former son opinion sans contrainte, dans l’idée qu’ainsi on se rapprochera de la vérité. Les opinions ne se valent pas3, et c’est pour cela qu’il vaut la peine d’en parler, qu’il vaut la peine d’employer nos libertés à chercher la vérité et à nous en rapprocher le plus possible.

Sur ce site, nous employons notre liberté d’expression pour affirmer que la vérité se trouve en Jésus-Christ4. Que ce dernier est mort pour le pardon de nos mauvaises actions5, qu’il est ressuscité6, qu’il reviendra instaurer un règne de justice, d’amour et de paix. Nous pensons que cela est vrai, nous pensons que cela est solide, nous pensons que cela révèle le sens de l’existence, nous pensons que toute l’humanité est appelée à croire en Lui, et nous pensons que le meilleur usage de la liberté est de se mettre à la suite de Jésus-Christ7.

Nous serions ravis que vous fassiez un usage responsable de votre liberté d’opinion et d’expression dans les commentaires des différents articles !

Jean-René Moret, Février 2015


Image en en-tête : « Demeure Chaos – La liberté d’expression est un droit« , par Mattt.org, licence Creative Commons, Attribution, non-commercial, share alike.

  1. Sur le rôle de la liberté d’expression et d’opinion, je suis redevable à un excellent chapitre de G. K. Chesterton : On the importance of orthodoxy.
  2. Ce n’est pas le but ici de déterminer si ils l’ont fait, simplement de dire qu’on peut poser la question et en débattre.
  3. Si vous en doutez, voir l’article A chacun sa Vérité!
  4. Voir l’article Jésus est-il le seul chemin vers Dieu?. Sur la légitimité d’employer ainis la liberté d’expression, voir aussi Partager sa foi constitue-t-il un acte de prosélytisme.
  5. Voir entre autre le problème du Mal.
  6. Consulter à ce sujet l’article Vraiment, Jésus est ressuscité?
  7. Notons aussi qu’il s’est lui-même exprimé d’une manière qui a mis les autorités religieuses en rage, et qu’il a été condamné à mort pour blasphème… Repassez sur le site autour de Pâques pour en savoir plus!
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