La Bible a-t-elle été falsifiée ?

Cette question est posée particulièrement par nos amis musulmans qui s’interrogent sur la fiabilité de la Bible non pas parce qu’ils le pensent de leur propre initiative, mais parce que le Coran le dit, par exemple dans la sourate 2.75 1 :

Eh bien, espérez-vous [Musulmans], que des pareils gens (les Juifs) vous partageront la foi? alors qu’un groupe d’entre eux, après avoir entendu et compris la parole d’Allah, la falsifièrent sciemment .

Mais en lisant d’autres sourates telles que 10.94 :« Et si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre révélé avant toi. La vérité certes, t’est venue de ton Seigneur: ne sois donc point de ceux qui doutent » et 16.43 « Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes auxquels Nous avons fait des révélations. Demandez donc aux gens du rappel si vous ne savez pas », nous constatons qu’Allah confirme lui-même au prophète de l’Islam qu’il faut consulter les gens du Livre2 en cas de doute sur tout ce qu’il avait reçu comme révélations. N’y a t-il pas là une contradiction ? L’origine de cette contradiction est qu’à Médine, les révélations parvenues à Mohammed sont différentes de celles de la Mecque. Le prophète commence à être virulent à l’égard des juifs et des chrétiens sous prétexte qu’ils ont falsifié les Écritures, ces mêmes Écritures qui annonceraient la vie du prophète de l’Islam3. Cependant, le Coran exhorte les musulmans à croire en la Torah et en l’Évangile selon les sourates 3.84 et 4.136, car l’évangile est « guide et lumière », d’après la sourate 5.46.

Par ailleurs, le Coran accuse les gens du Livre d’écrire eux-mêmes les textes de leurs mains, tout en disant que cela vient de Dieu (sourate 2.79), ou encore de tromper l’auditoire en cachant une partie des Écritures (sourate 3.78 et sourate 5.15). De ce fait, le Coran emploie plusieurs mots pour désigner l’action de la falsification des Écritures tels que les verbes « akhfa » (cacher), « badala » (substituer), « katama » (dissimuler) ou encore « nasa » (oublier). Mais le terme le plus fort est celui de « harafa » (détourner) ; il a été employé quatre fois dans le Coran pour désigner l’action de détourner les mots de leur contexte4. Mais la question qui demeure posée aux musulmans avant même de dire que la Bible est falsifiée, est de savoir quand, comment, où, et par qui elle a été falsifiée. Et surtout de répondre à la question : où se trouve le texte original, s’il en existe un d’après l’Islam ?

Quand ?

Il me semble qu’aucun musulman n’est en mesure d’apporter des réponses valables sur la question de la période concernée. Par exemple, la falsification des Écritures s’est produite à l’époque du prophète de l’Islam selon les sourates 2.42 ; 3.71 ; 6.91, mais certains commentateurs tels que RAZI5 disent que la falsification des textes de la Torah remonte à l’époque de Moïse selon la sourate 7.162-165.

Si cette dernière affirmation est juste, les textes remis en cause sont-ils uniquement ceux de l’Ancien Testament ? Qu’en est-il alors de l’Évangile, puisque ce dernier a été révélé 1200 ans plus tard ?

Il faut savoir une chose, c’est que d’après RAZI, les Écritures ne peuvent pas êtres manipulées, car Dieu veille sur sa parole, et ce depuis des siècles. En effet, la transmission des Écritures dans la tradition juive se faisait essentiellement sur la base des témoins et par des scribes qui veillaient tellement sur les textes qu’ils comptaient le nombre de lettres dans chaque mot avant de le transcrire. Par conséquent, il est difficile de falsifier une parole déjà rédigée. D’ailleurs, Dieu met en garde son peuple contre toute atteinte aux écritures : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien ; mais vous observerez les commandements de l’Éternel, votre Dieu, tels que je vous les donne. » Deutéronome 4.2. À l’inverse, le Coran qui a été transmis dans la tradition orale était plus difficile à retenir, et encore plus à mettre par écrit des années plus tard. De ce fait, la fiabilité du récit est compromise. En effet, depuis la mort du prophète de l’Islam jusqu’à la rédaction de la première version du Coran sous l’autorité du troisième Calife OTHMAN IBN AFAN, 20 ans se sont écoulés.

La fiabilité du texte

Sur la question de l’historicité des textes bibliques, il faut tenir compte des nombreux manuscrits retrouvés notamment à Qumran sur les rives de la Mer Morte en Palestine, qui confirment l’existence des textes originaux de la Bible et surtout la qualité de la transmission du texte. On a notamment découvert une copie intégrale du livre du prophète Esaïe qui date du IIe siècle avant Jésus-Christ. Dans la Bible, il existe une cohérence du message de Dieu ; la rédaction des 66 livres s’est échelonnée sur une période de plus de 1 600 ans, elle est le fait d’une quarantaine d’auteurs d’arrière-plan social et culturel très divers, utilisant trois langues différentes. On pourrait alors s’attendre à trouver entre eux des incohérences et des contradictions, des principes et des préceptes incompatibles. Or, ce qui est frappant dans la Bible, cette collection de 66 livres réunis en un seul ouvrage, c’est qu’elle manifeste une remarquable unité pour affirmer le plan de salut de Dieu pour les hommes. De ce fait, « Toute Ecriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice ». 2 Timothée 3.16.

Lyès CHALAH


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  1. Une traduction française du Coran peut être consultée sous : http://www.coran-en-ligne.com/.
  2. Les gens du Livre sont les juifs et les chrétiens, ils sont appelés ainsi car possédant déjà leur Livre révélé.
  3. Plusieurs sourates annoncent aux gens du Livre la conversion à l’Islam 2.41 ; 3.3 ; 6.92 ; 35, 31.
  4. Chawkat MOUKARRY, La foi à l’épreuve, Quebec, Sentier, 2000, p. 40.
  5. Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, (865-925) est un savant pluridisciplinaire iranien qui a énormément contribué aux domaines de la médecine, de l’alchimie et de la philosophie mais aussi de l’exégèse des textes coranique musulmane.
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7 Comments

  1. La bible est un ensemble de livres écrits par des humains qui exprime la PENSEE DE DIEU.
    La Sainte Bible est donc LA PENSEE DE DIEU exprimée par des hommes, par conséquent, la pensée divine ne peut être falsifiée en dépit des multiples versions bibliques.

    En revanche, une version biblique donnée peut être considérée comme fausse dès lors qu’il y a incohérence dans la pensée divine qu’elle contient.

    C’est juste à mon sens de dire qu’il y a eu des tentatives de modifications de la sainte bible d’où la mise en garde d’Apocalypse. mais la force de la bible ne reposant pas sur la lettre mais sur la pensée divine révélée.

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  4. Sourate 3 v 79 à 89
    S 4 v 163 à 173
    S 5 v 44 a 45 , et 68 à 69
    S 6 v 123 à 135 et S 154 à 157 ( obligation de suivre la loi ( torah)
    S 7 v 35 à 53
    S 11 v 17 à 24
    S 17 v 77
    S 40 v 69 à 79
    S 45 v 26 à 37
    Etc etc etc
    Les écrits antérieurs seront valides jusqu a l apocalypse.
    La sourate 2 v 79 à 80 ( qu on retrouve dans la torah au deuteronome ch 31 verset 29 ) parle du livre du talmud et sûrement pas de la torah vu qu elle est validée au v 78 et tout le reste de la sourate.
    Comment les juifs et chrétiens auraient pu se mettre d accord sur une identique falsification de la torah alors qu ils étaient divisés ?
    C est incohérent. Comme là communauté musulmane . Je reconnais le coran mais sûrement pas cette communauté.

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  6. Quand à la Bible, Jésus (a.s.) n’a pas fait écrire les révélations qui lui ont été adressés. İl avait trente ans lorsqu’il a été choisi pour messager et sa mission de prophétie a pris fin à trente-trois ans. Durant cette courte durée de trois ans, il a parcourut plusieurs villages et plusieurs villes pour appeler les gens à suivre le droit chemin. Lors de ses derniers jours, avec les provocations des Juifs, il était constament suivi par les dirigeants Romains. Sous ces circonstances,il n’avait ni le temps ni le moment de faire écrire la Bible. Justement les Bibles d’aujourd’hui sont appelées par le nom de leurs auteurs (Matthieu, Marc, Luke, John) et elles ressemblent à un livre de Siyar (un livre dans lequel la vie des prophètes sont racontées,) des livres qui comportent des sermons et des discours que Jésus (a.s.) a tenu à ses apôtres. De plus, ces auteurs ne sont même pas les premiers apôtres de Jésus (a.s.), ce sont des gens qui les ont vu et qui ont écouté la Paroles Divine de ces derniers.
    Les Bibles que nous pouvons rencontrer aujourd’hui présentent des différences concernant le contenu et la narration. En réalité ces Bibles ont été approuvées et acceptées par un conseil de clergé, constitué de mille personnes, réunit en 325 av. J.C. à İznik (Nikéa). Ce comité a examiné des centaines de Bibles et finalement 318 membres se sont rassemblés sur l’avis que Jésus (a.s.) avait un côté divin, ce que les quatre Bibles d’aujourd’hui prétendent. İls ont détruis les autres Bibles en les brulant.
    Comme il est souligné, le principe qui part du fait que Jésus (a.s.) soit le fils d’Allah (qu’Allah pardonne) a été accepté par la décision d’un comité plusieurs années après Jésus (a.s.). D’ailleurs certaines églises Chrétiennes n’ont pas suivis cette décision. De ce fait, il est malheureusement impossible de dire que les quatre Bibles présentes aujourd’hui concordent à la Bible originale descendue à Jésus (a.s.).
    Pour ce qui est de consulter les gens du livre, il ne restait malheureusement pratiquement plus personne qui acceptait son Livre et s’était donné ainsi a l’idolatrie, mais un pretre du nom de Bahira savait et avait prevenu Mohammed (s.a.v.) de la venue de sa prophetie, il etait peut-etre un des rares qui restait.Le Coran ne présente aucune contradictoire et contrairement a votre texte İl n’a pas été seuelement mémorisé mais aussi écrit a chaque occasion sur des morceaux d’os, de cuir, de feuilles de palmiers…c’est apres et non bien plus tardmais dans un delai court que tout ce materiel a été rassemble sous un seul livre. ce recueil ne s’est pas fait aussi n’importe comment. Toutes ecritures etaient compares et aucunes ne controversaient avec l’autre. La seule raison pour laquelle le Messager etait virulent a l’egard des gens du Livre etait parce-qu’il planifiaient toujours des plans pour le tuer, des suicastes et ne tenaient jamais leur parole et s’associaient aux ennemis du prophete sans pour autant violer leur droit et en les protegeant meme.
    Cet ecrit n’est que le mirroir de ce qui se passait a l’époque, une erreur de commentaire et une lecture loin d’etre saine du Coran.
    Merci de lire ce qui est écrit et non ce que vous voulez voir. Je voudrais rajouter que lire le Coran tout seul sans etre savant est fortement deconseille car cela donne place, comme ici, a des commentaires non plausibles, lisez a cote les exegetes et les hadiths pour mieux le comprendre.

    • Merci pour ce commentaire. Il contient cependant un certain nombre d’erreurs et d’imprécisions qui méritent d’être rectifiées.
      Au sujet de Matthieu, Marc, Luc et Jean : Matthieu et Jean sont des disciples directs de Jésus. Marc a été le traducteur de l’apôtre Pierre, et a mis apr écrit ce que Pierre, disciple de Jésus, enseignait. Quant à Luc, il explique lui-même sa démarche : “Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et qui sont devenus serviteurs de la parole,
      il m’a paru bon, à moi aussi, après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, d’en écrire pour toi un récit ordonné, très honorable Théophile, afin que tu puisses constater la solidité des enseignements que tu as reçus.” (Luc 1.1-4)
      Luc fait donc un travail d’historien, et il écrit en ayant interrogé les premiers témoins.
      Il est vrai que Jésus n’a rien écrit lui-même, et que les écrits que nous avons n’ont pas été écrits de son vivant. Mais ses paroles ont été fidèlement rapportées par ceux qui l’ont suivi.
      Vous parlez de quatre bibles qui auraient été retenues lors du concile de Nicée (Iznik). Il s’agit plus précisément de quatre évangiles, quatre récits de la vie et de l’enseignement de Jésus, qui figurent dans la Bible.
      Vous semblez croire que ces quatre évangiles ont été sélectionnés à Nicée parmi beaucoup d’autres qui auraient été brulés. En fait, ces quatre évangiles étaient reconnus comme inspirés et valables depuis bien avant Nicée. Ainsi, ils apparaissaient dans le canon de muratori (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fragment_de_Muratori), 2e siècle après Jésus-Christ. Ces quatre évangiles ont été accepté par les églises parce qu’ils étaient les plus anciens et qu’ils remontaient à des apôtres ou à leurs collaborateurs directs. Les textes qui ont été rejetés (évangile de Thomas, évangile de Pierre) l’ont été parce qu’ils étaient beaucoup plus tardifs que les quatre évangiles.
      Je n’ai jamais entendu que des Bibles aient été détruites par le feu à Nicée. Du reste, on a des centaines de manuscrits des évangiles qui datent d’avant Nicée. Peut-être confondez-vous avec l’ordre du calife Uthmân, rapporté par Boukhari, de brûler toutes les copies du Coran en dehors de la version officielle qu’il venait de compiler.

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