Les récits des évangiles ont-ils un lien avec la vie du Jésus qui a vraiment vécu ?

Au premier siècle de notre ère, un certain juif nommé Jésus est mort crucifié par les Romains1. Ce fait n’est mis en doute par aucun historien sérieux. Les quatre évangiles du Nouveau Testament nous livrent plus de détails sur ce Jésus : son enseignement, et ses faits et gestes. Ces récits renvoient-ils de manière fiable au Jésus qui a vraiment vécu ? Il n’est pas possible de prouver la réalité de chaque fait présenté dans les évangiles mais nous allons présenter quelques arguments pour montrer que les évangiles ont une saveur d’authenticité historique.

 

Jésus en dehors de la Bible

Les évangiles ne sont pas les seules sources qui nous parlent de Jésus. Flavius Josèphe, historien juif du premier siècle, le qualifie de faiseur de miracles, mentionne sa mort par Pilate 2 et rapporte l’exécution de Jacques le frère de Jésus3. On trouve quelques mentions de Jésus dans la Mishna4 où l’on affirme, par exemple, qu’il a été condamné à mort pour sorcellerie5. Quelques Romains mentionnent également Jésus (Suétone6, Pline le jeune7 comme l’initiateur du mouvement chrétien et évoquent sa crucifixion sous Pilate. Le fait que les évangiles mentionnent abondance de miracles a souvent nuit à la crédibilité que leur donnaient les historiens. Pourtant cet aspect miraculeux est souligné par Josèphe (plutôt neutre par rapport à Jésus), ou ses détracteurs qui l’accusent de sorcellerie (et non de prestidigitation). Quoi que l’on pense des miracles, il n’est pas absurde de penser que les auteurs des évangiles aient cru voir des miracles et les aient rapportés dans leurs récits. Le point de vue des sources externes est cohérent avec le portrait que dressent les évangiles : un homme qui a fait des choses extraordinaires, donné des enseignements et lancé un mouvement religieux issu du judaïsme.

Les noms, traces de leur temps

Les noms portés par les gens sont parmi les données historiques les plus abondantes. Des études statistiques précises ont été faites à propos des noms portés en Palestine à l’époque de Jésus. On trouve alors que 15,6 % des hommes portent un des deux prénoms les plus populaires (Simon et Joseph) et 41,5 % portent un des neufs noms les plus populaires. Si on recense tous les prénoms trouvés dans les évangiles, on s’aperçoit que 18,2 % des hommes portent un des deux prénoms les plus populaires et 40,3 % un des neufs prénoms les plus populaires8. Ces statistiques seraient différentes ne serait-ce qu’un siècle plus tard et témoignent ainsi de l’enracinement des récits dans leur temps.

Les biographies de l’Antiquité

Une grande distance nous sépare des textes des évangiles. Les évaluer avec nos critères contemporains nous fait courir un risque élevé d’anachronisme. Aujourd’hui, les textes que nous considérons comme les plus proches de la réalité sont les récits journalistiques qui privilégient le fait exhaustif sans jugement de valeur — ce qui est d’ailleurs illusoire puisque la présentation des faits pourra varier selon que le journal est de droite ou de gauche. De la même manière, les récits des évangiles n’ont aucune intention de présenter un portrait neutre de Jésus, cela ne veut pas dire que la présentation cherche à tromper pour autant. Ainsi, Luc veut assurer son lecteur de la véracité de l’enseignement de Jésus9 et Jean veut montrer que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu »10. Les auteurs de l’Antiquité qui écrivaient des biographies ne cherchaient pas à avoir des récits neutres, ce qui ne les empêchait pas de privilégier les témoins oculaires qui pouvaient témoigner de ce qu’ils avaient vu et vécu. De plus, au vu des actions et des revendications de Jésus, il n’était pas possible d’en faire un récit neutre : soit on doutait des récits à son sujet, soit il fallait reconnaître en lui le Christ, le Fils de Dieu, se faire chrétien, et perdre ainsi sa « neutralité ».

On trouve dans les évangiles, un phénomène étonnant concernant la façon dont sont nommés les personnages des évangiles. Parmi les personnages secondaires, certains sont nommés, d’autres non, et cela peut varier selon les Évangiles. Pour Richard Bauckham, un très grand spécialiste du Nouveau Testament, ce phénomène s’explique tout simplement parce qu’il s’agissait, pour les auteurs, d’une manière de nommer leurs sources. Les personnages nommés seraient les témoins oculaires encore en vie lorsque l’auteur écrit, qui pouvaient être interrogés par ses premiers lecteurs. D’autre part, pour nommer leurs témoins principaux, les auteurs de l’Antiquité usaient d’un procédé d’inclusion en les plaçant au début et à la fin du récit.En effet, il était important pour eux de nommer des témoins présents dès le début de l’histoire jusqu’à son aboutissement, qui pouvaient alors se porter garants de l’ensemble du récit. On trouve ce procédé dans Marc, Luc et Jean ainsi que dans la vie de Plotin écrite par Porphyre11. En tenant compte des codes de l’époque, on voit que les évangiles reposent sur des témoignages oculaires fiables, et non sur le développement d’une légende orale.

Conclusion

Les évangiles se présentent comme des témoignages de personnes qui ont vu et vécu avec Jésus. Il est bien sûr toujours possible que ces textes aient été extrêmement adroitement fabriqués (comme n’importe quel texte d’hier et d’aujourd’hui) mais nous n’avons aucune raison objective de remettre en cause leur statut de document historique remontant aux témoins de Jésus. Autant prendre les évangiles pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire, des témoignages qui présentent Jésus, ce qu’il a fait et ce que cela signifie. La grande majorité de nos connaissances reposent sur le témoignage de personnes qui ont rapporté ce qu’elles avaient vu et entendu, que ce soit à propos de Jésus, de Napoléon12ou de Carlos. Le témoignage n’est pas une simple description de faits mais une présentation de ces faits qui donne du sens à ce qui a été vu. Les témoignages donnent un regard sur le réel. Reste alors à chacun à prendre position sur qui est ce Jésus que les évangiles nous donnent à voir. Le meilleur moyen pour cela est encore de les lire : https://www.bible.com/bible/152/luk.1.s21.

Pierre Leray, août 2015


 

Voir notre article : Jésus-Christ a-t-il réellement existé ?

Voir aussi nos divers articles sur la Bible, dont en particulier :

  1. Pour un rappel des raisons et des circonstances, voir notre article Pourquoi Jésus a-t-il été mis à mort ?
  2. Antiquité juives, 18.63-64 ; pour beaucoup ce passage a été amplifié après-coup par des chrétiens parce que beaucoup trop flatteur pour Jésus ; le texte actuel suggère en effet que Jésus est plus qu’un homme et affirme qu’il est le Christ, ce qui ferait de Josèphe un chrétien ou presque. Mais il y a un large consensus pour considérer que Josèphe mentionnait bien Jésus, de manière plus neutre.
  3. Antiquités juives, 20.200.
  4. La Mishnah est la mise par écrit de la loi orale des rabbins à partir du 2è s. ap. J.-C.
  5. Mishnah, Traité Sanhédrin 43.
  6. « Comme les juifs ne cessaient de troubler la cité sur l’instigation d’un certain Christus, il (Claude) les chassa de Rome » (Vie de Claude, XXV.11) « Il livra aux supplices les Chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable » (Vie de Néron, XVI.3).
  7. Lettres et Panégyrique de Trajan : X/96/5-7).
  8. R. Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses, p. 71-72.
  9. Luc 1.4.
  10. Jean 20.31.
  11. R. Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses. La vie de Plotin est une biographie d’un philosophe de l’antiquité.
  12. À ce sujet, il existe un essai daté de 1819 (alors que Napoléon est encore en vie!) qui montre que Napoléon n’a jamais existé : Historic doubts relative to Napoleon Buonaparte.
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