Le plaisir rend-il vraiment heureux ?

La complexité du lien entre plaisir et bonheur ne réside pas tant dans la question évoquée que dans la compréhension des concepts.

Définissons les concepts

Afin d’éviter de se perdre dans des réflexions métaphysico-philosophico-abstraites, il est nécessaire de définir les termes engagés dans cette question. Pour paraphraser le Larousse, le plaisir est l’état de contentement provoqué par la satisfaction d’un désir. Jusque-là, c’est simple. Ça se complique avec le bonheur. Nombreuses sont les définitions du bonheur. Mais il semble communément admis que le bonheur au sens large est un état de complète satisfaction, de plénitude de bien-être. Vu sous cet angle, la réponse à notre question est donc simple : si le bonheur est la satisfaction de tous ses désirs et que le plaisir est la satisfaction d’un désir, alors, c’est mathématique : multipliez les plaisirs, et vous serez heureux !…

Quel est le problème ?

Pourtant, quelque chose ne va pas. Si c’était aussi simple, alors nous devrions tous être de plus en plus heureux à mesure que nous nous faisons plaisir et donc à mesure que le temps passe. En effet, réduire le bonheur à une équation mathématique serait omettre la complexité de l’être humain. La question initiale amène donc à une autre question, moins binaire : pourquoi l’homme ne parvient-il pas à être pleinement heureux, même en se faisant plaisir ? Peut-il finalement parvenir au bonheur ?

Cet article abordera quelques pistes de réflexion de l’accès au bonheur par le plaisir, en passant par certains obstacles de cette quête universelle. Puis, la perspective biblique sera finalement considérée.

« Si vous voulez être heureux, soyez le ! »

Disait Léon Tolstoï. L’homme raterait-il l’évidence ? Derrière ce conseil provocant, Tolstoï sous-entend que parvenir au bonheur n’est qu’une question de volonté. Dans une certaine mesure, nous avons tous un pouvoir sur notre satisfaction personnelle. Si je ne peux pas contrôler tous mes désirs, je peux néanmoins me mettre dans des conditions qui m’apporteront plus de satisfaction que de désirs insatisfaits. Par exemple, si j’adore les noix mais que j’en suis allergique, je peux décider de ne pas passer chaque jour devant cette boulangerie qui propose d’appétissantes tartes aux noix, mais de prendre un autre itinéraire pour m’éviter de me créer des désirs que je saurais frustrés, et donc pour éviter de me rendre malheureuse. Alors voilà, un peu de bonne volonté, que diable, et tout ira bien ! Ou pas… Car au fond, mon plaisir ne dépend-il que de moi ?

Cinquante nuances de plaisir…

Entre la frustration et le plaisir, le choix est fait. Pourtant, nous savons que nous ne pouvons pas uniquement nous fier à nos désirs pour être heureux. Pourquoi ? Parce qu’il existe des conséquences. Satisfaire un plaisir immédiat peut provoquer une frustration dans le long-terme… Décider de ne pas me lever pour assouvir mon envie de dormir pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’obtention de mes examens, par exemple ! Ou encore, si mon enfant de cinq ans est fatigué, je vais préférer rentrer à la maison plutôt que d’aller à cette exposition qui se termine aujourd’hui sur un artiste que j’ai toujours admiré… Avec ces deux exemples, on prend conscience de deux variables qui s’ajoutent à la quête du bonheur : le temps et les autres. Le plaisir, c’est bien, mais nous ne pouvons pas uniquement compter sur la satisfaction de nos désirs immédiats et égocentriques pour être heureux. Bref, il dépend de moi de chercher à me faire plaisir, cependant, mon cher Tolstoï, suis-je réellement seul maître de mon bonheur ?

Mon bonheur ne dépend-il que de moi ?

Si je prends plaisir à construire une famille mais qu’une maladie emporte mon conjoint, je serai malheureux. Et même si je décide de m’isoler, de ne me lier aux autres en aucune manière et donc de ne pas prendre plaisir en quelqu’un d’autre que moi, je suis exposé au malheur, puisque quelqu’un d’autre peut me faire du mal (physique, moral, etc.). Bref, nous devons bien admettre que notre bonheur ne dépend pas uniquement de nous. Et c’est là la clé de la question « le plaisir rend-il heureux ? » – eh bien oui… mais encore faut-il savoir ce que nous laissons nous procurer du plaisir, c’est-à-dire en quoi nous prenons plaisir. A ce stade, étudions le point de vue biblique.

Le bonheur dépend de Dieu

Selon l’Ecclésiaste, le bonheur se trouve en Dieu. L’Ecclésiaste dans la Bible, ce fut cet homme ayant vécu dans l’abondance la plus prospère. Entre richesses matérielles, sagesse et femmes, il avait testé tous les plaisirs ! Mais sa conclusion quant au bonheur est quelque peu surprenante : « Le seul bonheur, pour l’homme, consiste à manger, à boire et à se donner du plaisir dans son travail, mais cela aussi ; je l’ai bien vu moi-même, dépend de Dieu. » (Ecc 2.24) puis un peu plus loin : « je sais aussi que le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu » (Ecc 8.12). Finalement, il ne prône pas l’ascèse, ni n’encourage à l’orgie de plaisirs. Simplement, il incite l’homme à vivre sa vie, avec tous les plaisirs qu’elle propose, mais tout en craignant Dieu, c’est-à-dire en reconnaissant son identité de créateur souverain et notre identité de créature devant lui. Voilà la nuance : le plaisir qui rend heureux n’est pas le plaisir terrestre, centré sur l’homme, mais le plaisir en Dieu, c’est-à-dire celui qui reconnaît que toute chose nous vient de Dieu de façon imméritée.

Voilà la solution que propose la Bible : vous voulez être heureux ? Prenez du plaisir… en Dieu ! C’est le seul qui ne vous décevra jamais.

D’accord ! Mais comment ?

Concrètement, les plaisirs de la vie, j’en fais quoi ? Si on reprend l’exemple de notre étudiant qui prend du plaisir dans son sommeil au lieu de se lever pour passer ses examens, quel est son choix ? En fait, la question n’est plus ‘est-ce que je peux me faire plaisir ?’ mais ‘à quels plaisirs je suis destiné ?’ et ‘qui me les procurera ?’. Voilà ce que répond la Bible : « fait de l’Eternel tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désir » (Psaumes 37.4). La vision chrétienne du plaisir n’est pas celle que l’on croit : bien loin de le bannir, elle encourage l’être humain à faire ce à quoi il aspire le plus profondément, ce pour quoi il est fait. Connaître son identité et celle de Dieu. Vivre en relation avec Dieu, celui qui l’a créé. Vivre pleinement ce que Dieu lui accorde de vivre. Apprécier le sommeil – si Dieu lui donne d’avoir plus de sommeil. Entreprendre un projet – si Dieu lui met à cœur un projet. Manger des mangues – si Dieu lui donne des mangues. Courir dans un champ – si Dieu lui donne des jambes et un champ. Bref, kiffer la vie !

Dans notre quête d’absolu, tous les plaisirs terrestres nous satisferont partiellement… et c’est frustrant ! L’homme recherche le vrai bonheur, la plénitude… et elle ne peut être trouvée ailleurs que dans un être parfait, absolu, constant dans sa plénitude : Dieu. Finalement, si la quête humaine du bonheur est si souvent vaine ou inachevée, c’est parce que l’homme cherche son seul intérêt en faisant de ses désirs égoïstes l’objet de son bonheur. Pourtant, la Bible nous rappelle une vérité à la fois choquante et libératrice : nous n’avons pas été créés pour nous-même, mais pour être en relation avec le Dieu créateur. C’est lorsque nous retrouvons cette juste place vis-à-vis de Dieu que nous pouvons être pleinement heureux.

Cécile Maalouf, Septembre 2015


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