L’apparition du mal et de la souffrance sur Terre : ce qu’en disent le bouddhisme et… la Bible

La souffrance apparaît dans nos vies comme la grande intruse : celle que nous n’avons pas choisie. Celle qui nous ravit le bonheur, que nous voyons bien souvent comme le but suprême de notre existence (voir La souffrance dans nos vies : intruse ou opportunité ?). Tout homme naturellement constitué ressent, et c’est légitime, le caractère révoltant de la souffrance, du mal et de l’injustice. C’est comme s’il y avait en lui la mémoire d’un paradis originel, d’un monde parfait, fait de joie, d’amour et de justice.

Cependant, les bouddhistes conçoivent l’âme comme une entité non-personnelle, dont le ressenti n’est qu’illusion. Ils voient également le temps comme un cycle éternel, sans commencement et donc sans « paradis originel ». Cette vision du monde permet-elle vraiment d’expliquer pourquoi nous ressentons, au plus profond de nous-mêmes, ce cri contre la souffrance, l’injustice et le mal ?

La Bible et l’apparition du mal et de la souffrance

Nous ressentons tous que quelque chose ne va pas dans ce monde. C’est aussi ce que dit la Bible quand elle affirme : « à l’origine, il n’en était pas ainsi »1. La Bible dit d’elle-même qu’elle est la clé pour comprendre le sens de l’Histoire. Elle se présente comme Dieu racontant, révélant sous forme de récit l’Histoire de l’humanité et de l’ensemble du monde créé. Elle rapporte également un événement historique, marquant, réel, et inscrit dans l’espace et le temps : la Chute, qui situe l’entrée du mal dans l’espace et le temps.

Voilà comment se présente le méta-récit biblique :

  1. Le monde est créé parfait par Dieu, puis il est soumis aux conséquences de la rébellion humaine :
  • L’homme est soumis à une déchéance relationnelle : taraudé par la culpabilité, il se met à se dissimuler et à accuser son semblable. Sa relation avec Dieu et avec autrui est entachée par l’orgueil et les relations homme-femme sont entachées par l’esprit de domination et de séduction.
  • L’homme est soumis à la douleur : le corps humain et l’ensemble du vivant sont soumis aux douleurs de l’enfantement 2. Le sol étant maudit, c’est à la sueur de son front que l’homme en tire son pain : le travail humain devient un labeur pénible.
  • La Création entière est soumise à la souffrance, et le sol maudit produit les catastrophes naturelles.
  1. Mais Dieu vient restaurer le monde déchu en deux temps :
  • D’abord, il envoie son Fils Jésus sauver les hommes de leurs fautes en étant condamné à leur place, payant le prix à la Croix et ouvrant aux hommes le chemin d’une vie régénérée3.
  • Ensuite, Jésus reviendra pour juger la Terre et faire toute chose nouvelle, en essuyant toutes larmes de nos yeux4.

Ce méta-récit biblique nous parle donc de l’entrée du mal dans un monde créé parfait, conséquence de la rébellion des premiers hommes. Cet événement historique, réel et inscrit dans l’espace et le temps, a soumis non seulement l’humanité, mais également la création toute entière à la souffrance. Par contre, alors que la Bible situe l’entrée du Mal dans l’espace et le temps, les bouddhistes formulent un constat fataliste sur ce monde, mais sans l’ancrer dans l’histoire.

Je m’explique :

Le bouddhisme, silencieux sur l’apparition du Mal et de la souffrance

Pour les bouddhistes, ce monde matériel, dans lequel nous vivons, a toujours été illusoire et mauvais. Leur vision du temps et du cours de ce monde est cyclique : Le monde connaît une succession de créations et de destructions.

Cette vision cyclique se répercute à l’échelle de l’individu. À sa mort, l’âme humaine retourne à l’âme universelle et se dissout en elle, pour en ressortir sous une forme différente, qui garde une vague mémoire du passé. Pour les bouddhistes, comme pour les grecs de l’Antiquité, l’âme survit, mais pas sous une forme personnelle : elle n’est qu’un fragment du Cosmos, et un fragment inconscient. En d’autres termes, la « personne humaine » ne survit pas à sa mort, mais se dissout lors de sa mort dans la grande matrice universelle.

Le cri de souffrance de cette âme est donc une aberration qui doit être dépassée par l’éveil intérieur. Éveil qui révèle à la personne que le « Moi » n’existe pas !

Le bouddhisme rejette donc l’existence du « Moi »

Une des principales affirmations bouddhistes est que le « Moi » n’existe pas : il n’est qu’illusion. Je cite maintenant Lama Denys :

Il n’est pas d’être, il n’est que de l’« inter-être ». L’enseignement du Bouddha sur l’interdépendance est une façon particulière d’exprimer l’absence d’entité ou d’ego, la vacuité d’être propre (shunyata), tant dans le sujet qui perçoit que dans les objets saisis… « Je » dépends de ce qui est « autre que moi ». Ce que nous appelons « moi » est fait d’éléments « non-moi »… Dans la règle d’or telle que nous l’entendons, « l’autre » n’est plus seulement nos semblables humains, mais tous les êtres vivants, la vie elle-même. Consommer les fruits d’une agriculture respectueuse de la Terre et les produits issus d’un commerce équitable est un exemple d’action à notre portée, une action qui rend opérante la compassion fondamentale dont notre monde à tant besoin5.

Ce que nous enseigne le cri de l’homme face à la souffrance

Il est une limite à cette vision du monde : c’est qu’elle est impuissante à expliquer ce cri du cœur, qui s’élève du tréfonds de l’homme en souffrance face à l’injustice.

Ce cri de l’Homme nous enseigne trois choses :


1. L’homme montre qu’il possède une conscience du Bien et du Mal dans ses révoltes face à l’injustice et ses aspirations à la justice. Il est donc
une personne.

Si l’être humain n’est pas une personne, s’il n’est qu’une entité instable, un agrégat fait d’éléments « non-moi », comment expliquer qu’il se préoccupe ainsi de son prochain ? La pirouette mentale du bouddhiste qui renie la personnalité humaine ne tient pas face à la réalité. Au contraire, le cri du cœur humain face à l’injustice est une preuve que l’homme a conscience de la valeur de sa personne, de sa valeur intrinsèque. Il est une personne.
2. Le cri du cœur humain face à l’injustice montre qu’il existe une loi morale inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme. L’Homme, marqué par le mal est créé en image du Dieu
juste.

C’est d’ailleurs ce que nous dit la Bible en Romains 2.14-16 :

« Quand des non-Juifs, qui n’ont pas la Loi, font naturellement ce que prescrit la Loi, ceux-là, qui n’ont pas la Loi, sont une loi pour eux-mêmes ; ils montrent que l’œuvre de la Loi est écrite dans leur cœur ; leur conscience aussi en rend témoignage, ainsi que leurs raisonnements qui les accusent ou les défendent tour à tour— au jour où Dieu, selon la bonne nouvelle que j’annonce, juge les secrets des humains par Jésus-Christ ».

3. La souffrance, universellement ressentie n’est pas une illusion, mais elle est.

Affirmer que la souffrance n’est qu’illusion vient contredire l’expérience de Bouddha lui-même. Cette expérience est faite par la personne. Ce sont encore des personnes qui s’emploient à réduire leur souffrance par des exercices de méditation. On ne se préoccuperait pas de réduire la souffrance si l’on avait pas conscience de soi. La conscience de soi prouve l’existence de la souffrance.

Conclusion

Face à l’injustice, au Mal et à la souffrance, la Bible, au contraire du bouddhisme, invite l’homme à regarder la réalité en face. L’attitude du bouddhiste face à la souffrance est compréhensible : c’est celle de chaque être humain qui tend à se protéger face à des douleurs et à des tensions qui lui semblent ingérables, au-dessus de ses capacités…. L’autruche qui met sa tête dans le sable a le même réflexe ! Mais le constat selon lequel tout n’est qu’illusion vient nier le ressenti de l’expérience. Pire, il représente une négation de l’Histoire. La Bible quant à elle, pointe vers l’origine du Mal, et vers une résolution du problème de l’injustice et de la souffrance par le Dieu juste. Ce Dieu juste, qui nous a créés à son image, comme des êtres personnels et relationnels, créés pour aimer et pour espérer.


Aurélien Bloch,
Juillet 2017


Voir les autres articles de la série :

  1. Matthieu 19.6
  2. Romains 8.22
  3. Voir notre article : Pourquoi Jésus est-il mort ? Mort pour nos fautes.
  4. Voir notre article : Pourquoi Jésus est-il mort ? Une identité transformée.
  5. Bouddhisme interdépendance et responsabilité : La règle d’or ; Par Lama Denys ; http://www.buddhaline.net/La-regle-d-or-interdependance-et
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2 Comments

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