Pourquoi pillons-nous la planète ?

À l’issue d’une conférence, j’ai eu l’occasion de discuter avec un étudiant qui s’interrogeait sur la tendance de l’humanité à maltraiter son environnement en n’en prenant pas soin et en le surexploitant. Il faisait la comparaison avec les animaux, qui, selon lui, ne prennent dans leur milieu naturel que ce dont ils ont besoin, en ne créant donc pas de bouleversement majeur de leur écosystème. Comme je le lui ai fait remarquer, cette vision est un peu simpliste, en ce que des animaux (ou des plantes) peuvent se reproduire jusqu’à changer radicalement leur milieu. Simplement, si un animal consomme toutes les ressources à disposition, beaucoup de ses effectifs vont mourir de faim, jusqu’à ce que le système retrouve un nouvel équilibre global. Mais il est vrai que l’être humain a un impact sur l’environnement sans commune mesure avec ce que l’on peut attribuer aux animaux. Élevage d’animaux en batterie, déforestation, rejets toxiques, gaz à effet de serre etc., on connaît bien la liste. Une autre différence qu’il faut noter, c’est que l’on ne tient pas les animaux pour responsables de leur multiplication et de leur impact environnemental ; on peut regretter les effets de certaines espèces envahissantes, mais on ne s’attend pas à ce qu’elles se comportent autrement. À l’inverse, pour l’être humain on considère qu’il devrait prendre du recul et changer son comportement, plutôt que de ravager la terre1.

Question de culture ?

Mon interlocuteur se demandait aussi si certaines cultures étaient plus responsables que d’autres de la mauvaise conduite des humains face à la nature.

Il notait que des tribus dites « primitives » avaient un style de vie plus en accord avec la nature, et ne créaient pas les mêmes dégâts que nos sociétés développées. Ma réponse était que cela me semblait plutôt être une question de moyens. Des sociétés qui ont accès à moins de technologie n’ont en règle générale pas un impact suffisant pour perturber leur environnement plus que ne le font les grands prédateurs, par exemple. Mais que l’on donne des bulldozers à une tribu reculée, et je crains qu’ils n’en fassent pas meilleur usage que nous. Un exemple dans ce sens est l’histoire de l’île de Pâques. Sur cette île, une peuplade dotée de moyens somme toute rudimentaires a réussi à déboiser entièrement l’île ; l’île était simplement suffisamment petite pour que leur action produise des résultats notables.

Responsable et capable

Nous avons déjà deux traits distinctifs de l’être humain : nous le jugeons responsable de son impact sur l’environnement, et il est capable d’avoir un impact important, et même de l’avoir de manière délibérée. Ces deux traits nous renvoient à ce que la Bible dit du rôle de l’homme dans la nature :

Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la ; soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre.

L’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder2.

Selon la Bible, Dieu donne à l’humanité la responsabilité de la terre. L’homme est capable de maîtriser les animaux, et responsable de cultiver et de garder la Terre. Dans la Bible, cette responsabilité est donnée pour le bien de la Terre, et dans une certaine mesure l’homme a aussi su rendre son environnement plus beau et harmonieux, comme je ne peux m’empêcher de le remarquer dans un paysage de vignes ou de pâturages. Mais il reste la question de fond : pourquoi l’avidité et la soif de posséder qui conduisent l’homme à surexploiter son environnement ?

Pourquoi l’avidité ?

Le philosophe et mathématicien Blaise Pascal avait une bonne idée sur la question :

Qu’est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide et qu’il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes les secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est-à-dire que par Dieu même3.

En effet, l’homme est sans cesse en train de courir après une nouvelle satisfaction, par laquelle il espère être enfin comblé. Nos sociétés « développées » sont obsédées par l’idée de croissance, il nous faut toujours plus, même pour simplement maintenir notre système économique et social. Pour ce faire, nous sommes invités à consommer toujours plus, plus d’habits à la mode, plus de gadgets technologiques, plus de voyages, plus de loisirs et plus de soins. Tout ce « plus » demande plus de ressources à moindre prix, et nous maltraitons la Terre pour les obtenir. Cette course effrénée vient de ce que l’homme a perdu ce qui devait lui donner sa satisfaction et sa stabilité : la connaissance de Dieu. Les habitants de l’île de Pâques ont déboisé leur île pour construire des idoles représentant les esprits de leurs ancêtres ; nous, nous sommes au service des idoles de l’efficacité, de la technologie, de la réussite, du succès et du paraître. Mais derrière tout cela se trouve le fait que notre cœur n’est pas satisfait, et qu’il ne pourra jamais l’être hors de la connaissance du Dieu vivant, le seul qui puisse vraiment combler notre désir le plus profond.

Diagnostic et traitement

Je crois que le diagnostic porté par la foi chrétienne sur l’homme est profondément juste : responsable de la Terre et de sa propre conduite, égaré, à la recherche d’une satisfaction que les objets de ce monde ne lui apportent jamais. Le remède prescrit est la connaissance de Dieu, trouver en Dieu une satisfaction qui mette un terme à la recherche effrénée de l’homme. En regardant les chrétiens dans l’histoire, mes lecteurs sont en droit de se demander si le remède marche. Je dirais que oui : il y a des exemples dans l’histoire de chrétiens qui renoncent à tous les biens de ce monde pour vivre dans la contemplation de Dieu, et d’autres qui parviennent à vivre une vie simple, sans chercher plus que ce qui leur est nécessaire. Mais je reconnais le problème que bien des chrétiens ne prennent pas vraiment leur « traitement », que tout en pensant connaître Dieu, nous n’en faisons pas notre première et principale source de satisfaction, de telle sorte que nous aussi nous nous laissons prendre dans la course qui nous conduit à piller la planète. Pour les chrétiens, il y a là un défi à relever. Pour les autres, que le fait que beaucoup de chrétiens ne profitent pas assez du traitement mis à leur disposition ne vous empêche pas de le prendre vous-même ! Car ce n’est qu’en étant guéri de son manque de Dieu que l’humanité pourra retrouver un rôle bénéfique pour ce monde.

  1. Cette différence entre l’homme et les animaux est aussi bien soulignée par Pierre Stefanini dans son article : Les animaux sont-ils les égaux de l’homme?
  2. La Bible, livre de la Genèse, chapitre 1 verset 28 et chapitre 2 verset 15 respectivement.
  3. Blaise Pascal, Pensées.
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